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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


L'île déserte

Publié par Dominique Lin sur 3 Décembre 2013, 09:31am

Catégories : #atelier d'écriture

Vous vous réveillez, sans savoir pourquoi ni comment, sur une île déserte…

Peu importe où se trouve et quelle taille a cette île, mais vous êtes seul(e) dessus, seul(e) au monde.

Île imaginaire, île réelle… les pieds dans le sable ou la tête dans les nuages… à vous de l’écrire.

L'île déserte

Cela fait des jours et des jours que j’erre sur cet îlot perdu au milieu de nulle part, entre une ligne d’horizon aux contours incertains et une ligne d’eau tantôt bleue, tantôt blanche, balayée par les vents venus du large. Je n’ai point de Robinson à mes côtés, ni même de Vendredi au teint mat et au verbiage étranger. Juste l’écho de ma voix porté par les alizés vers le néant de la solitude.

Le climat est agréable. Le soleil dore ma peau, les embruns rafraîchissent mes nuits et les vagues déferlent les unes derrière les autres. De la vaguelette sympathique et gentille à la vague scélérate, il me plaît à donner à chacune un prénom et un visage.

Il y a la vague coquine qui n’hésite pas à vous faire un croche-pied alors que vous avez le dos tourné. Maline et sournoise, elle glousse de plaisir en se retirant et raconte dans les abysses le bon tour qu’elle vous a joué. Elle vous éclabousse de joie et de plaisir et l’espace d’un instant vous fait oublier l’isolement qui est le vôtre.

L’aube naissante, il m’arrive de rencontrer la vague histrionique. Séductrice dans l’âme, elle se pare de ses plus beaux attributs et s’adonne aux caprices des vents, telle l’Étoile au cœur du ballet. Elle virevolte avec grâce, se meut sur ses pointes, saute avec élégance, vous sourit d’un sourire charmeur puis se détourne sans aucune transition.

Quand le soleil prend son essor, surgit la vague narcissique. Elle arbore une crête blanche et limpide et rugit au lointain pour forcer mon regard. Son apparence la tourmente à tel point qu’elle n’hésite pas à se nourrir de ses congénères pour devenir la plus grande et la plus forte d’entre toutes. Ma paire d’yeux ne lui suffit pas et la rage qui l’étreint, quand le rivage s’approche, la transforme en monstre hideux.

Cela fait des jours et des jours que j’erre sur cette île perdue au milieu de nulle part. Comment suis-je arrivé ici ? Peu importe ! Le fait est que sous ce ciel bleu et légèrement ouaté mon âme vagabonde rêve de surfer vers la ligne d’horizon aux contours incertains. Qu’y a-t-il donc au loin que je ne puisse voir ? J’ai tenté d’en parler aux occupantes des lieux, quémandant en vain quelques informations. Mais ces milliers de vagues que je côtoie tous les jours, à ma complainte, demeurent insensibles.

Quand le soleil est au zénith et que la chaleur devient étouffante, la vague sentimentale accueille mon errance. Romanesque, elle rêve d’un amour éternel et intense dont l’océan serait le témoin. Je plonge volontiers dans la tendresse de son cœur et me laisse caresser le dos par ses soins. J’oublie alors, l’espace d’un instant, qu’alentour il n’y a personne et que le temps qui s’égrène m’éloigne inexorablement de mon existence conscientisée.

Je batifole sans prendre garde à la déferlante qui prépare son assaut. Loin de mon regard, elle forcit à chaque mètre. Certains désirent la dompter alors que d’autres veulent la figer. Sournoise dans l’âme, elle galope à vive allure emportant tout sur son passage. Princesse des mers, elle porte sa hardiesse en étendard et montre les tourments d’une vague hystérique. Quand le vent se renforce et que les vagues communes prennent plusieurs mètres, il est temps pour moi de revenir sur terre pour assister de loin à l’arrivée de la scélérate. Majestueuse, elle me toise avant de s’écraser sur les plages de ma prison.

Dans la rougeur du crépuscule, le ressac envahit l’obscurité, le silence berce mes songes et envahit mon esprit. Des nuits et des nuits que je cherche le sommeil sur cet îlot perdu au milieu de nulle part, entre une ligne d’horizon aux contours incertains et une ligne d’eau tantôt bleue, tantôt blanche, balayée par les vents venus du large. Je n’ai point de Robinson à mes côtés, ni même de Vendredi au teint mat et au verbiage étranger. Juste l’écho de ma voix porté par les alizés vers le néant de l’incertitude.

Je songe souvent à mon existence d’avant, quand, égaré parmi vous je rêvais d’aventures et de contrées lointaines. Vos voix résonnaient sourdement en moi, mais mon cœur était insensible et obscur. Aujourd’hui, mes pas laissent leurs traces dans le sable blanc et chaud, vos visages s’estompent jour après jour, et le précipice me guette à chaque instant un peu plus. Robinson a survécu grâce à Vendredi. À qui devrais-je mon salut dans cette île déserte où nulle âme autre que moi ne respire ?

Yves M.

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