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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Soumission, de Houellebecq, bientôt dans les bacs

Publié par Dominique Lin sur 16 Décembre 2014, 13:55pm

Catégories : #Chroniques livres

#Houellebecq #Soumission #Plateforme

À quelques jours de la sortie du dernier Houellebecq, Soumission, déjà tout un programme quand on connaît l’auteur… certains littéraires critiques et sincères le trouvent raté et putassier quand d’autres noircisseurs de colonnes préparent la myrrhe et l’encens commandé par son attaché de presse. Pour ce qui est de l’or, il tombera tout seul en droits d’auteur et en bénéfice pour Flammarion.
C’est de bonne guerre, la littérature est devenue un produit industriel depuis longtemps, certains auteurs avaleurs d’à-valoir nourrissent le circuit de distribution : les intérêts enchaînés au livre à moins que ce ne soit l’inverse.

Islam, le pavé est jeté, la mare est en émoi !
En pleine montée des idées d’extrême droite, de l’émergence d’une certaine Marine, fille d’un outrancier du racisme et de la xénophobie, mettre les musulmans au gouvernement, certains diront « quel culot ! » quand d’autres penseront « quel con ! »
Je doute de l’humanisme de Houellebecq et je le pense fortement raciste. En tout cas, c’est ce qui ressort de ses mots. Je viens de terminer, et c’est un hasard du calendrier, son roman Plateforme dans lequel les Arabes et les musulmans (ne pas confondre) sont très souvent des personnages non grata, des gens en qui on ne peut faire confiance et qui, le lecteur le sait dès leur apparition dans l’intrigue, seront du côté obscur — et nous savons combien les romans de M.B. peuvent l’être. Ce sont même des islamistes qui mettent fin très brutalement à son amour idyllique, à la limite du paradisiaque, dans Plateforme.

Littérature ou racolage ?
À lire le résumé de Soumission — le dossier de presse est recopié dans toutes les colonnes des temples littéraires, accompagné de l’anecdote de NK, des Inrocks, qui nous donne la traduction de Soumission… quel talent ! —, on sent que les ingrédients sont là pour faire du bruit dans les rédactions : politique, Islam, Front national, élections. Autant lire le journal. Au cas où cela ne suffirait pas, Houellebecq a pensé à tout : le sexe évidemment.
Dans plateforme, on compte environ une scène de sexe toutes les 30 pages, et attention, on va crescendo ! Il commence seul par la masturbation, puis en couple, à trois (la femme de chambre cubaine… quelle chaleur !) pour finir à quatre (le couple de la boîte échangiste). Heureusement qu’il n’y a pas 500 pages, on aurait fini au Kholkhose de la partouse. Il va même jusqu’à souffler l’idée à un voyagiste d’organiser des séjours « Aphrodite », à caractère sexuel clairement affiché. Les chroniqueurs visionnaires, ceux qui ont déjà lu Soumission, nous en annoncent encore, encore et toujours. Il n’est pas question de lancer une campagne prude ni de refuser la sexualité, mais les sujets de littérature et les points d’accroche ne manquent pas.
Certains lecteurs adorent certainement cet auteur, je leur concède, chacun ses lectures. Il n’y a pas de bons et de mauvais lecteurs. Tout est dans le dosage.
J’ai lu d’excellentes scènes d’amour chez des auteurs moins prisés tels que Carole Zalberg dans L’invention du désir (voir chronique), aux éditions du chemin de fer, ou chez Wilfried N’Sondé dans Le silence des esprits, chez Actes Sud. Des scènes que vous avez envie de lire à haute voix tant la poésie est présente sans une vulgarité.

Houellebecq incapable de se renouveler ?
Pour terminer, le personnage principal récurrent chez Houellebecq donne souvent envie de vomir : frustré, malheureux, paumé, insatisfait sexuellement ou dévié… obligé d’aller voir les prostituées. La santé sexuelle de certains Français est peut-être en berne, mais de là jouer sans cesse sur le même registre, cela commence à fatiguer. On attend du romancier qu’il nous emporte dans de nouveaux univers, nous bouscule, nous surprenne… mais voilà, Houellebecq semble aussi usé que ses personnages, on frôle l’autofiction permanente. À moins que l’auteur n’applique la réussite des séries américaines formatées : on tient un sujet et un personnage et on n’en décroche pas. L’image de [dé]marque est imprimée, maintenant, on l’exploite.
Sa tentative poétique, même reprise par l’excellent musicien Jean-Louis Aubert a été un échec. Les journalistes ont abandonné le sujet très rapidement. Il est vrai qu’un poème intitulé Mémoire d’une bite a du mal à faire rêver…

Pourquoi Houellebecq ?
Auteur de génie ou imposteur, la question se pose, et se pose encore au fil de ses romans. Pour atténuer la polémique, il est bon de rappeler qu’elle se pose pour beaucoup d’auteurs marchandisés. L’ouvrage se vendra, mais fera partie de ceux, comme pour beaucoup de cette espèce, qui seront le moins lus !
Certains diront : « Mais s’il dérange, c’est que c’est un génie ». Argument pauvre s’il en est. Personnellement, il ne me dérange pas. Je l'ai lu et ne le relirai pas.
L’autre question qui peut se poser, c’est : pourquoi Houellebecq et pas Musso ou Lévy tant décriés, méprisés, évités ?
Comme eux, son style narratif est pauvre, son vocabulaire ordinaire et limité, comme l’est l’univers dans lequel il navigue. Ses personnages, qui ressemblent fortement à ceux de la téléréalité où les couples se déchirent et exposent avec impudeur leurs névroses devant les caméras, sont-ils là pour rassurer le lecteur ? Tout va bien, je ne suis pas comme lui.

Difficile d’expliquer, de savoir. Difficile surtout de comprendre l'intention littéraire de cet auteur.

Ce qui ressort de cette agitation, c’est l’efficacité de la promotion et son indispensabilité pour qu’un auteur soit visible, mais à quel prix ?

Critiquer un auteur adulé, c’est s’exposer, se mettre en péril, voir venir de nombreuses critiques, insultes ou railleries. Mais combien sommes-nous à penser ce qui précède sans oser le dire ?
Soumission, de Houellebecq, bientôt dans les bacchanales…

  Michel Houellebecq à Murcia (Espagne) le 28 avril 2014 © MARCIAL GUILLEN/EFE/SIPA
  Michel Houellebecq à Murcia (Espagne) le 28 avril 2014 © MARCIAL GUILLEN/EFE/SIPA

Michel Houellebecq à Murcia (Espagne) le 28 avril 2014 © MARCIAL GUILLEN/EFE/SIPA

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