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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Ultra Violette, de Raphaëlle Riol, aux éditions du Rouergue

Publié par Dominique Lin sur 29 Mars 2015, 17:22pm

Catégories : #chroniques livres

Si vous voulez lire des histoires, lisez le journal, il y en a de nouvelles chaque jour; pour la littérature, lisez un livre. Le roman de Raphaëlle Riol illustre parfaitement cette phrase attribuée à Céline (sans garantie), car Ultra Violette relate des faits réels que les journaux ont repris pendant des années (l'histoire était assez saignante!) et en a fait un roman, un très bon roman.

Violette s’ennuie au 9 rue Madagascar à Paris, quartier ouvrier, dans l’appartement triste et renfermé de ses parents. Chaque soir, Baptiste Nozière, son père, cheminot émérite, sort les cartes pour la belote quotidienne avec Germaine, la mère, et sa fille avant d’aller se coucher. Belote, rebelote, et dix de der… et d'ennui. Nous sommes en 1933, Violette a dix-sept ans.
Violette s’ennuie, chez elle, au lycée, partout. Elle va s’enfoncer dans la débauche, les hommes — les meilleurs comme les pires —, les bars, les chambres d’hôtel pour gagner de quoi mener la grande vie et créditer ses chimères : bas en soie, manteaux de fourrure, robes… Mythomane, celle qui vénère Greta Garbo s’invente différentes identités, au gré des hommes qu’elle rencontre. Malgré tout cela, elle a du mal à connaître la jouissance, et chaque soir, elle doit rentrer au 9 rue Madagascar.
Jusqu’au jour où elle tuera son père par empoisonnement.


Le roman commence aujourd’hui, au pied de l’immeuble où a eu lieu le crime. L’auteur, pour écrire son roman, reprend le parcours de cette femme parricide, adulée par les surréalistes dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés où le personnage va se forger.
Ce livre est plus qu’une enquête historique. Pour la connaître, il suffit de fouiller sur Internet, le fait divers est très documenté. L’intérêt de ce livre, c’est le relief que donne l’auteur à ce sujet et surtout au personnage.
Le fantôme, ou plutôt le personnage que l’auteur fait revivre, va s’inviter dans l’écriture du roman, dans la propre maison
de Raphaëlle Riol, son salon, sa chambre. Un dialogue entre l’auteur et Violette va s’instaurer tout au long des pages, jusqu’à ce que le personnage hante l’auteur.

Qui de l’autre prendra le dessus ?
Raphaëlle Riol, la narratrice, a affaire à plus forte qu’elle ne croit en s’attaquant à Violette Nozière…

 

Un roman à l’écriture vive et contemporaine. Un style alerte, imagé.
Au-delà de l’histoire étonnante, la relation entre l’auteur et son personnage, le créateur et la créature…

Comme elle l’écrit :
« Il n’y a pas de “personnages de papier”. Ceux qui vous soutiendront le contraire sont des universitaires. Un personnage, ça vit. Ça vous suit. Partout. Ça suscite des bonheurs, ça vous crée des soucis, ça vous fait partager les siens. Ça vous change une existence. »
ou
« Écrire un roman n’est pas un divertissement. La moindre des choses est d’être à la hauteur de ses personnages, de leur tailler dans le vif de la page une existence plus consistante que celles de vulgaires décalcomanies. »
ou encore
« En invitant une morte à s’installer chez moi, je savais que j’allais devoir régler des comptes avec la vie et avec l’écriture. Qu’il allait falloir aligner les mots subtilement, pour ne pas miser trop vite ni frôler trop dangereusement l’obscurité. Je prenais le risque de devoir mentir, à moi et aux autres. Jouer le jeu des questions-réponses et peut-être au bout du compte celui de l’écriture-miroir, celui de l’écriture qui fait vomir ce qu’on croyait pourtant avoir digéré. »

 

Ultra Violette, de Raphaëlle Riol
éditions du Rouergue, janvier 2015
192 pages, 18 € — ISBN : ISBN : 978-2-8126-0748-6

3e roman aux éditions du Rouergue

Résumé :
21 août 1933, une jeune fille de 17 ans empoisonne ses parents, son père en décède. Ce fait divers sordide suscite, dès l’arrestation de la meurtrière, un déchaînement de passions. Les Surréalistes font d’elle une héroïne littéraire à la « beauté convulsive », on célèbre la garçonne aux cheveux courts, ayant rompu les liens familiaux. Plus tard, elle sera graciée puis réhabilitée. La légende « Violette Nozière » est née. Quatre-vingts ans après, Raphaëlle Riol se ressaisit de la légende, dans un roman inventif et impertinent. Elle invite le personnage à sa table d’écrivain et, à partir de ce fait divers, trafique sur le territoire de la fiction, invente hypothèses et interrogations. Elle redessine ainsi le portrait de cette jeune fille troublante et trouble, et dresse un tableau de cette avant-guerre complexe. Une nouvelle fois, Violette Nozière est réhabilitée comme personnage littéraire, dans son énigme et la fascination qu’elle a suscitée.

 

Écouter cette chronique diffusée sur France Bleu Vaucluse le samedi à 9h35 dans l'émission Le club des lecteurs de Nathalie Mazet

 

Chronique précédente : Lignes brisées, Harold Cobert éditions Héloïse d’Ormesson

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Ultra Violette, de Raphaëlle Riol, aux éditions du Rouergue
Ultra Violette, de Raphaëlle Riol, aux éditions du Rouergue

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