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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Petit Piment, Alain Mabanckou, éditions du Seuil

Publié par Dominique Lin sur 7 Septembre 2015, 17:16pm

Catégories : #Chroniques livres

Petit Piment, c’est l’histoire de Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko (« Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres », en lingala).

L’aventure commence à l’orphelinat où chacun marque son territoire par sa personnalité et son physique. La vie n’y est pas rose. Seul Papa Moupelo, le prêtre, permet aux enfants de s’évader par la musique et la danse, mais surtout par son originalité et sa gentillesse, oasis salvatrice dans ce milieu hostile où Petit Piment se lie d’amitié avec Bonaventure.
Arrive la révolution avec ses effets pervers. Les enfants doivent devenir de bons petits soldats obéissants. Papa Moupelo disparaît. Petit Piment se sauve pour rejoindre la ville. C’est la première séparation.
Commence alors l’histoire commune à cette jeunesse orpheline africaine de Pointe Noire, ville côtière du Congo, qui cherche à exister par tous les moyens, quel qu’en soit le prix, quitte à passer la ligne rouge et entrer dans un gang, dans les bandes de voleurs au marché de Pointe Noire.
Petit Piment va vivre cette jungle, avec quelques années de répit, grâce à Maman Fiat 500, tenancière de bordel, à qui il va rendre de menus services au départ pour devenir l’homme incontournable. La deuxième séparation intervient le jour où le maire, pour des raisons électorales, décide de raser la maison close. Commence alors l’errance de Petit Piment, une vie sur laquelle le bonheur semble avoir du mal à s’accrocher.
Si nous connaissons la vie des titis parisiens, nous connaissons moins celle des enfants des rues des grandes villes d’Afrique où la débrouille, la rapine, les rapports de force entre ethnies y sont omniprésents. Alain Mabanckou nous donne quelques clés, mais surtout, nous rappelle l’universalité malheureuse des enfants abandonnés à eux-mêmes. Il nous offre aussi une belle aventure humaine, de la vie à la mort, cycle immuable revisité par l’auteur.
Si l’homme africain est un sujet rémanent chez l’auteur, nous sommes loin des fastes de Black Bazar (2009, éd. du Seuil). Le sujet est ici plus grave, mais baigné d’humanité. C’est aussi le combat de l’homme contre la folie, la sienne, mais aussi celles des autres, l’arbitraire de ceux qui décident, le pouvoir.
Quelques difficultés à la lecture comme, par exemple, l’énumération récurrente des prénoms et noms de certains personnages. Si le style est fluide, il manque parfois ces images qui nous emportent et qu'on aime à relire…

Résumé de l’éditeur :
Jeune orphelin de Pointe-Noire, Petit Piment effectue sa scolarité dans une institution catholique placée sous l’autorité abusive et corrompue de Dieudonné Ngoulmoumako. Arrive bientôt la révolution socialiste, les cartes sont redistribuées, et Petit Piment en profite pour s’évader avec des jumeaux à la brutalité légendaire, abandonnant ainsi son meilleur ami, qui refuse de le suivre. Il s’adonne alors, avec son clan, à toutes sortes de larcins, jusqu’à ce que les habitants décident de nettoyer leur zone d’action. Petit Piment trouve refuge auprès de Maman Fiat 500 et de ses dix filles, et la vie semble enfin lui sourire dans la gaîté quotidienne de cette maison pas si close que ça, où il rend toutes sortes de services. Mais le maire de Pointe-Noire décide d’une nouvelle intervention énergique contre la prostitution. C’en est trop. Petit Piment perd la tête. De bonnes âmes cherchent à le soigner (médecine, psychanalyse, magie ou sorcellerie), mais l’apparente maladie mentale ne lui fait pas perdre le nord : il a une vengeance à prendre contre celui qui a brisé son destin.
140 x 205 mm - 288 pages
9782021125092
18.50 €

 

Petit Piment, Alain Mabanckou, éditions du Seuil

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