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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Transmettre aux enfants, partager plutôt que briller

Publié par Dominique Lin sur 28 Mars 2017, 10:14am

Catégories : #atelier d'écriture, #agenda, #salon du livre, #Formation professionnelle

Totalement caché des faisceaux médiatiques nationaux, le Festival pour lire de Saint-Quentin-Fallavier fait partie des rendez-vous que je ne raterais sous aucun prétexte.
Certes, je ne suis pas sans savoir qu’à la même date, la grand-messe parisienne battait son plein, que Nabila rivalisait avec les « gros vendeurs de livres » comme on les appelle maintenant, et non plus écrivains, que les politiciens se sont mêlés aux stars toutes disciplines confondues, que l’amalgame des genres éditoriaux n’a pas dérangé les organisateurs à partir du moment où ils vendaient de l’espace au sol de plus en plus cher au m2, édition industrielle, indépendante ou à compte d’auteur… que l’entrée payante pénalisait l’accès au livre… mais, on le sait, l’argent n’a pas d’odeur ! Qu’y faire, puisque les médias et les organisateurs ne s’intéressent qu’à l’audimat et la rentabilité, et non pas au contenu ?


Une mission plus enrichissante
Je préfère vous parler du plaisir de partager du temps avec des enfants, ceux des écoles de Saint-Quentin-Fallavier dans l’Isère, où la mairie a décidé d’investir depuis plusieurs années dans l’accès au livre, à l’écriture et la lecture !
Deux groupes d’enfants de 10 ans environ, issus de classes de CM2, m’ont été confiés, deux groupes différents par leurs origines géographiques et sociales, leurs expressions orales et physiques spécifiques, voire contraires, à la concentration aléatoire pour certains, un peu trop sage pour d’autres… mais qui se sont rejoints dans cette possibilité de faire appel à ce coin du cerveau qui permet de créer des mots, des phrases, une histoire, à partir d’une piste. Ma mission était de les aider à faire couler ensuite le flot des idées de l’esprit à la main qui tenait le stylo.


Amorcer une piste.
Le thème de cette année était l’Histoire… vaste sujet. Il fallait que je fasse le pont entre eux et cette Histoire. Alors, j’ai commencé par leur demander de penser à un personnage historique, qu’ils étaient censés connaître au moins un petit peu. Puis, je les ai ramenés chez eux, dans leur grenier, ou celui de leurs grands-parents. Certains n’avaient pas de grenier, alors, j’ai proposé la cave, le garage… mais là encore, certains n’arrivaient pas à s’identifier, faute d’en avoir chez eux. J’ai donc réduit la première scène à des cartons, ça, tout le monde connaissait. Donc, dans ces cartons, ils découvraient des documents qui montraient qu’ils étaient le descendant de ce personnage ! Quelle découverte !
Certains enfants ne s’attendaient pas à être le descendant d’Hitler, Pétain, De Gaule, Jeanne d’Arc, Jules César, Jean Moulin, Charlemagne, Léonard de Vinci, et même le commandant Massoud !
Il a fallu les aider, les accompagner à gérer les idées, les autoriser à écrire ce qu’ils ressentaient, que ce soit positif ou négatif par rapport à l’image du personnage. Ils avaient la liberté de sortir de l’idée qu’ils se faisaient du bien et du mal penser, de ne pas être jugés ou stoppés dans leur élan… place à l’imaginaire.

L'imaginaire au rendez-vous.
Le descendant d’Hitler, après avoir gagné beaucoup d’argent, est allé voir le Président allemand pour qu’il puisse protéger tous les Juifs, et dans la foulée, construire des logements pour qu’il n’y ait plus de SDF…
Charlemagne a hanté les rêves de son descendant qui ne l’aime pas, car il a inventé l’école, mais heureusement ce dernier s’est réveillé après des combats avec un dragon blanc…
Pétain a rendu honteuse une enfant qui aurait préféré avoir Beyonce dans sa famille…
Un autre aimerait faire comme son grand-père Jean Moulin si la guerre était à nouveau déclarée. Il a déjà son écharpe qui servait à cacher une cicatrice…
La descendante de Louis de Funès n’a pas réussi à convaincre ses copines que c’était vrai…
De Gaule, mort d’un cancer à 110 ans, aimait le chocolat et s’est marié avec une dame qui s’appelait Tantivone…
Un autre enfant, descendant de Molière, n’écrit que des lettres pour la famille ; aujourd’hui, il ne reste de cette filiation que le nom donné à son oiseau (mais pas dans la réalité, mes oiseaux n’ont pas de nom en vrai)…
Pour terminer par, entre autres…
La petite-fille du commandant Massoud, « Le Lion du Pandjchi, mort dans un attentat lors d’une interview à cause d’une caméra piégée » voudrait devenir herboriste. Elle aurait pu soigner les blessures de Massoud, puis, elle aurait pris une épée et un bouclier d’un guerrier blessé et l’aurait protégé des ennemis…
Et ce n’est là qu’une partie des sujets traités !

Une victoire sur le néant
"En arrivant, vous n’aviez pas idée que vous pourriez écrire, vous vous êtes un peu gratté la tête, et tous ces textes sont apparus. De la page blanche est née un univers inventé, vous pouvez être fier de ce que vous avez fait" leur ai-je dit en conclusion. Et fiers, ils l'étaient, fiers et joyeux.

Alors, comment résister à l’invitation d’animer des ateliers d’écriture avec les enfants ? Comment dire non à une telle déferlante d’idées, des idées qui n’étaient pas présentes en arrivant à l’atelier et qui ont pu émerger, prendre vie sur la page blanche ? Les enfants étaient fiers de lire leur texte. Ils avaient la possibilité de découvrir ce qui chez la majorité d’entre eux n’est pas naturel : écrire.

Un grand merci à la mairie de St Quentin, et principalement à Murielle Pral la cheville ouvrière, qui me fait confiance depuis deux ans et qui permet aux enfants, toutes écoles confondues, de passer un après-midi créatif. D’autres ateliers sont aussi organisés avec des auteurs et illustrateurs. Denise Déjean et Jean Dherbey, deux auteurs édités chez Elan Sud étaient aussi présents.
Le lendemain, nous retrouvions les plaisirs classiques, mais tout autant appréciés, d'un Salon du livre où j'ai eu le plaisir de retrouver des lectrices de l'an passé en quête de mon dernier roman, Les Silences de Bosco.

Seul point noir : le français.
Si l’imaginaire était au rendez-vous des histoires, il l’était aussi dans la façon d’écrire. Notre langue est malmenée dans tous ses aspects. Il n’est pas question d’accuser ici, mais de lancer un cri d’alarme, un appel au secours pour ces enfants qui n’ont pas les outils nécessaires pour s’inclure dans la société, du moins à l’écrit.
Alors, oui, notre jeunesse est bien vivante, créative, réactive quand on lui en donne les moyens, mais la base n’est pas là, les outils pour communiquer, pour s’insérer, pour aussi réfléchir, analyser et transcrire ce qui réside à l’intérieur.

Je reste à la disposition des organisateurs de Salons ou d'animations autour de l'écriture et la lecture pour envisager tout rendez-vous.

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