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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture


Chronique : Les petits de Décembre, Kaouther Adimi, Le Seuil

Publié par Dominique Lin sur 23 Septembre 2019, 18:07pm

Catégories : #Chroniques livres

Alger, 2016, Cité du 11 Décembre, un lotissement qu’occupent en majorité des familles de militaires, pour certains à la retraite.

Au milieu du lotissement, un terrain vague s’est transformé en terrain de foot, en aire de jeu, entouré par les villas et les immeubles. Comme tous les enfants de la terre, c’est aussi l’aire du rêve, de l’espoir, des projets d’avenir, chacun à sa façon. Tous les âges s’y croisent, sous le regard des parents.
« Oh, il ne s’agit pas d’un terrain de football comme on peut l’imaginer. Oubliez le gazon vert, le tracé parfait, les filets de but. À première vue on dirait un terrain vague. À première vue seulement »

Mais un jour, la réalité casse le rêve, deux généraux viennent prendre possession du terrain qu’ils ont acheté en vue de construire deux belles villas, entourées de hauts murs surmontés de barbelés.
Trois adolescents tentent de les faire partir, un général sort une arme, un enfant s’en saisit. Pas de coup de feu, mais, c’est l’incident, on n’arrête pas deux généraux dans leur projet ! Intervient Adila, figure emblématique de la Résistance contre les Français, honorée et intouchable.

L’incident aurait pu passer inaperçu, mais c’est sans compter avec l’innocence des enfants, ceux qui rêvent encore, et qui ne comprennent pas qu’on veuille leur enlever leur terrain de jeu, là au milieu d’une cité où les routes ne sont pas goudronnées, où la pluie transforme tout en terrain vague…
La résistance s’organise, le terrain cristallise toutes les attentions : des généraux, pour commencer, des jeunes mis en cause la première fois, des plus jeunes enfants, des parents, des réseaux sociaux, de la Sécurité nationale.

« Si un seul adulte dans ce pays imaginait trois secondes qu'un petit pouvait échafauder des plans, se battre contre un ordre établi ou quoi que ce soit dans le genre sans être manipulé ou poussé par un grand, voire un gouvernement étranger, les enfants seraient sur écoute, ils seraient suivis, ils seraient arrêtés. »

Ce roman, c’est l’Algérie d’aujourd’hui, juste avant les manifestations contre le pouvoir en place, peut-être un de ces grains de sable venus faire grincer les rouages d’un pouvoir en place depuis trop longtemps, avec les rapports de force, les compromissions, les petits arrangements, les privilèges, la corruption, etc.
 
Kaouther Adimi nous dresse le portrait d’une partie de la société algérienne, les relations familiales, la hiérarchie militaire, les peurs des uns, les espoirs déçus des autres… Toutes les générations sont là, depuis les enfants innocents, mais déterminés jusqu’au bout, jusqu’aux retraités de l’armée, frustrés de n’avoir pas participé à la guerre, mais qui n’auront jamais droit au pouvoir.
C’est aussi le rappel d’une partie de l’histoire algérienne moins connue, celle de Boumedienne, puis de la période noire des années 1990, la montée de l’islamisme, jusqu’à l’arrivée de Bouteflika.
L’auteur ne fait aucune concession. À travers les réflexions de ses personnages, rien n’est blanc ou noir, encore moins tout rose. Chaque période de l’histoire possède ses parts d’ombre.

Le style de l’auteur est simple, fluide, tendre, contrastant avec la dureté de la situation, la misère de certains, le manque de liberté permanent (les militaires du lotissement sortent pour parler librement, afin d’être sûrs qu’aucun micro ne captera leurs propos…)
C’est une histoire de société, avec ses rêves et ses utopies, dont certaines prennent forment dans la ténacité et l’innocence des enfants.

 

Résumé de l’éditeur :
C’est un terrain vague, au milieu d’un lotissement de maisons pour l’essentiel réservées à des militaires. Au fil des ans, les enfants du quartier en ont fait leur fief. Ils y jouent au football, la tête pleine de leurs rêves de gloire.
Nous sommes en 2016, à Dely Brahim, une petite commune de l’ouest d’Alger, dans la cité dite du 11– Décembre. La vie est harmonieuse, malgré les jours de pluie qui transforment le terrain en surface boueuse, à peine praticable. Mais tout se dérègle quand deux généraux débarquent un matin, plans de construction à la main. Ils veulent venir s’installer là, dans de belles villas déjà dessinées. La parcelle leur appartient. C’est du moins ce que disent des papiers « officiels ».

Avec l’innocence de leurs convictions et la certitude de leurs droits, les enfants s’en prennent directement aux deux généraux, qu’ils molestent. Bientôt, une résistance s’organise, menée par Inès, Jamyl et Mahdi.
Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s’insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe.

À travers l’histoire d’un terrain vague, Kaouther Adimi explore la société algérienne d’aujourd’hui, avec ses duperies, sa corruption, ses abus de pouvoir, mais aussi ses espérances.

Les petits de Décembre, Kaouther Adimi, Le Seuil
Date de parution 14/08/2019
18.00 € TTC – 256 pages
EAN 9782021430806

Chronique précédente : 1956, le jour où Cziffra, roman de Jean Dherbey, chez Élan Sud

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