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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture


Chronique, Paulownia, de Sylvie Bocqui, éd. Arléa

Publié par Dominique Lin sur 8 Février 2020, 18:22pm

Catégories : #Chroniques livres

Ce roman court, 102 pages, commence par la relation conflictuelle d’un couple.

« Elle le lui a dit souvent : “Maintenant c’est fini, je veux qu’on se sépare.” Il répondait : “Oui, il y en a assez !” et ils ne se séparaient pas. »

Au départ, c’était dit doucement, comme une conversation normale, mais ça n’a pas suffit, elle a monté le ton, elle a claqué les portes, elle a crié, « vociféré à devenir laide ». Cela s’est reproduit des dizaines de fois sans qu’aucun ne pense à une fin, jusqu’au jour où il lui a dit très calmement : « Écoute, voilà, je m’en vais. »
Elle ne veut pas y croire. Se mêle alors toute une gamme de sentiments en fusion. D’habitude, c’est elle qui engage le combat, le mène où elle veut, mais cette fois-ci, quelque chose en elle s’effondre. De forte, elle devient frêle, fragile, totalement désarmée devant ce qu’elle a engendré. Cent fois elle l’a rejeté. Aujourd'hui, il part.
Mais il y a deux enfants, deux jeunes garçons, et ces vacances qu’ils devaient passer tous ensemble. Que dire, quoi faire… faire semblant ? Pour lui, ce ne sont pas seulement les vacances, mais tout le reste de leur vie qu’ils ne passeront plus ensemble.
Chacun entre dans sa bulle de réflexion, digère à sa façon les mots dits et ceux pensés qui arrivent en désordre. Elle panique, lui s’éloigne, avec des mots d’apaisement, il est serein.
Il fait son sac. « Les enfants ! oui, les enfants, les vacances ! ». Elle s’affole. Il reviendra pour le départ en vacances…
Pour elle, ces vacances sont un mensonge envers les enfants. La plage, les jeux, la crêperie, les balades, tout est mensonge.
En rentrant, il garde les enfants une semaine pour les amener chez ses parents. Elle est seule. Tout remonte, même les bons souvenirs, mais surtout les interrogations, les recherches d’indices, pour en arriver là.
Elle est ensuite seule avec ses enfants, tente de se reconstruire, mais elle s’enferme plus qu’elle se régénère. Les souvenirs sont toujours aussi prégnants, elle, lui, eux deux, les enfants…
Il lui faut deux ans pour s’en détacher, pour que chaque souvenir, chaque détail, chaque objet dans la maison redeviennent ce qu’il est pour lui-même, sans lui, sans ce lien qui fait mal.
Et, comme le dit le résumé de l’éditeur, jusqu’à « un autre homme, des voyages, un train qui part et qu’elle ne prend pas. Puis l’écriture. La possibilité de l’écriture. »

C’est d’une écriture simple et fluide que Sylvie Bocqui aborde le sujet de la rupture, de la solitude envahie de l’autre, puis de la reconstruction. Exercice complexe dans lequel j’ai eu du mal à entrer en deuxième partie, car l’auteure, en permanente introspection, écrit souvent par allusions, utilisant le pronom indéfini à l’envi, au risque de perdre le lecteur à qui il peut sembler qu’une partie de l’idée est restée dans le stylo, ou quelque part entre l’esprit et la main. Une écriture à demi-mot dont il est parfois difficile de cerner le sens, si ce n’est celui illustré par l’image du scarabée sur le dos, sur le bandeau, une femme perdue qui n’accepte pas la situation qu’elle a engendrée, qui n’arrive pas à se remettre à l’endroit, et qui pédale dans le vide.


Quant à l’idée de la fin, celle de l’écriture… elle n’est qu’effleurée, et même, quel lieu commun ! Comme une fin, non pas ouverte, mais indéfinie, qui attend d'être écrite, mais qui ne vient pas.


Peut-être suis-je passé à côté de ce livre, mais je veux préciser que quels que soient les méandres de l’esprit dans lesquels un auteur veut nous balader, j’aime à les suivre, à les comprendre, à m’en imprégner, à m’y identifier, pour mieux comprendre les cheminements de l’esprit, celui de la femme (ou d’une femme), ce qui ne fut pas vraiment le cas. D’autres lecteurs y arriveront certainement.

 

Résumé de l'éditeur:
Une femme et un homme se séparent. C’est l’homme qui part, qui fait le pas irréversible, laissant derrière lui sa femme, mère de leurs deux enfants, sonnée, comme interdite.
Il part, il est déjà loin, happé par une autre histoire, un nouvel amour. Il disparaît et elle reste dans une sidération qui l’empêche. Peu à peu, elle revient à elle, reprend vie, s’ouvre à nouveau aux sensations, aux signes, et tout à coup le rouge d’une robe la tient debout, le vert précieux d’un légume la protège. La lente chute d’une fleur dans la lumière du printemps l’irrigue. Et vient alors un autre homme, des voyages, un train qui part et qu’elle ne prend pas.
Puis l’écriture. La possibilité de l’écriture.

Comme dans chacun de ses textes, Sylvie Bocqui nous livre au plus juste l’indicible et les variations du cœur. Dans un entrechoquement de sons, de sensations, de couleurs, elle raconte la fin d’un amour et l’après de cette fin.

Sylvie Bocqui
ISBN : 2363082044
Éditeur : Arléa (10/10/2019)

Chronique précédente : Le Bouclier d’Orion, Jean-Pierre Cendron, collection élan noir chez Elan Sud

 

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