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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture - romancier, auteur


Chronique : Les grandes poupées, Céline Debayle, ed. Arléa

Publié par Dominique Lin sur 19 Septembre 2020, 16:32pm

Catégories : #Chroniques livres

Les grandes poupées, Céline Debayle, ed. Arléa

Tout le livre est une forme de monologue intérieur de Josette, 7 ans, arrivée dans cette maison en Provence un jour d’été avec sa mère, loin de tout, surtout loin de Marseille, pour ne plus être avec le père, devenu alcoolique et assurant les basses besognes des malfrats du milieu marseillais, qui aurait pu les emporter dans une tourmente dangereuse.

La maison, c’est celle d’Emma, la tante d’Odette, qui a aussi une fille de sept ans.

Alors, les voilà toutes les quatre en huis clos de l’été à vivre la même séparation d’avec les hommes, un qu’on ne veut plus voir, et l’autre, engagé en guerre d’Indochine, qu’on espère par-dessus tout voir revenir. L'un est le maudit pour son comportement, l’autre, béni pour son engagement.

Odette ne semble pas comprendre l’attitude de sa mère, le rejet qu’elle a pour son père, lui qui l’emmenait découvrir un monde merveilleux aux yeux de la petite fille, mais qui en réalité n’était qu’une longue suite de bistrots, de verres vidés sans soif, de lieux de débauche, peuplés d’hommes peu fréquentables et de femmes qui fréquentaient beaucoup ces hommes-là et bien d’autres…Pourtant, Odette a été témoin de la descente dans les bas fonds de son père, des effets de l’alcool, mais il restait son père merveilleux qui la serrait dans ses bras.

La narration oscille entre les pensées et les souvenirs d’Odette pour son père qui ne sont que tendresse et amour et l’atmosphère de plus en plus lourde, oppressante de la maisonnée dans l’attente du héros parti à l’autre bout du monde, chez « les Viets », dans la crainte d’un télégramme ou de la visite de gendarmes venus annoncer LA mauvaise nouvelle, surtout qu’au fil du temps, les lettres arrivent de plus en plus espacées. Qu’il soit un salaud ou un héros, pour une fillette de sept ans, un père est toujours un homme merveilleux.

On oscille aussi entre le regard présent d’Odette et celui qui, avec le recul du temps, permet de comprendre cette période de son enfance et les faits qui lui auraient échappé, comme la réalité de la relation de ses parents, des amis de son père, de la crainte de sa mère et son instinct de préserver sa fille.

Si le résumé de l’éditeur en dit long sur le fond, ce qu’il n’évoque pas, c’est la plume de Céline Debayle, fine, poétique, fluide. Il fallait bien cela pour descendre dans la fosse abyssale de la déchéance d’un père. On frôle le pathos sans jamais le toucher. Nous sommes dans le réalisme cru, à la frontière de l’écriture figurative tant les images courtes mais répétées traduisent les situations, les gestes, les attitudes et les regards qui ne trompent pas. Tous les couples ne sont pas heureux, mais tous les parents malheureux ont du mal rendre heureux leurs enfants.

Difficile de tenir tout un texte dans cette ambiance, dans ce regard. Peut-être cela vient-il de moi, mais j’ai trouvé la deuxième moitié du livre moins captivante, qu’elle avait moins de rythme et de tension… ce n’est qu’un avis, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier l’écriture de Céline Bareyre.

Les grandes poupées, Céline Debayle
EAN : 9782363082381

Éditeur : Arléa (20/08/2020)

Résumé de l'éditeur :
L’été 1953. Une femme fuit avec sa petite fille et se réfugie chez sa sœur, mère d’une fillette, épouse d’un soldat en guerre en Indochine. Un quatuor féminin dans une maison isolée du sud de la France tourmenté au quotidien par les maris/pères, absents mais d’une présence obsédante. Un huis clos familial et estival où s’entrecroisent mystères et rebondissements, amours et haines, espoirs et désespoirs, douleurs d’enfants et douleurs d’adultes, jeux et interdits. Un drame singulier dans un milieu modeste de l’Après-guerre reconstitué avec exactitude, un suspens familial où la mort s’invitera.

Les Grandes Poupées est un roman sur l’amour filial intense et confisqué, l’amour paternel radié, l’amour maternel combatif. C’est aussi un roman sur les anxiétés conjugales, les ambiguïtés parentales, la pénibilité de l’existence. Tout s’entrelace dans les craintes, avec ici ou là, des joies d’enfant, des souvenirs heureux à jamais perdus. Avec en toile de fond, la guerre d’Indochine, l’alcool et les malfrats du milieu marseillais. Le style y est léger, dépouillé, le ton distancié. Céline Debayle s’est attachée à restituer sans pathos, sans débordement sentimental, les maux de ses personnages le temps d’un été. Elle ne juge pas mais raconte une histoire originale et cruelle puisée, en partie, dans sa propre vie.

 

Chronique précédente : Les Passantes, Michèle Grazier, éd. Mercure de France

 

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