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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Dans mon cartable

Publié par Dominique Lin sur 26 Avril 2013, 17:47pm

Catégories : #atelier d'écriture

En partant à l'école, j'emportais toujours dans mon cartable…

Continuer la phrase…

  

Dans mon cartable

DANS MON CARTABLE…

Je vais bien, oui je profite encore de ces quelques heures douces ; je ne veux pas penser que c’est demain, non ! L’été indien m’incite trop au farniente, appris par coeur depuis deux mois.

Et puis, je finis par me décider, oui c’est la rentrée, oui, je suis angoissée, oui, parce que pour moi, c’est la « der des ders », ou plus joliment « mon chant du cygne scolaire» !

Je me rends compte à quel point toute ma vie a été rythmée par cette vague immuable de nouveaux, de redoublants, et surtout par la valse des cartables : rien ne saurait remplacer ce spectacle, renouvelé chaque année, mais si différent.

Ces contenants de cuirs, de toiles ou de pastique sont finalement, des coffres au trésor : mystérieux savoir, pragmatiques cahiers, crayons et gommes ; poétiques boites fleurs séchées, de petits mots griffonnés ; et puis les étuis encore plus secrets, tels que plumiers , trousses à fermeture, qui renferment , je le sais, des grigris , des scoubidous , des agates étincelantes , des mini rouge à lèvres bien planqués, des chocolats , des carambars , des fraises tagadas. J’y ai vu aussi, des collections d’images bien sages, de pin’s horribles, de portables cachés, de calculettes sophistiquées, et même d’élastiques multicolores et fluorescents.

Aucun élève ne possède l’identique de son voisin, et j’ai connu toutes les modes : besaces, sacs à dos, cuirs vernis ou peaux lisses, cartable, oh mon joli cartable de la rentrée, tout neuf, tout frais sorti du caddy des parents !

Je crois que je délire complètement, mais c’est ma seule façon de juguler l’emprise du temps ; je me raccroche au visible, au tangible, aux souvenirs doux de cet objet incontournable, afin d’oublier l’inexorable demain fatidique, signé par le mot couperet : RETRAITE.

Moi aussi, j’ai mon cartable, après tout ; autant me raccrocher à lui, il est bien lourd , trop plein de souvenirs.

Ma première rentrée, c’était…hier, le premier regard des élèves, la concentration qui me vrillait le cerveau, la peur du faux pas, du ridicule, tueur de psyché.

Et puis les autres retours de vacances, de printemps, de NOEL, et aussi les grèves, les grandes messes sur notre utilité sociétale, les cours alternatifs…tout cela, je l’ai porté, dans ma petite besace de cuir tanné, presque usé ; d’ailleurs, je n’ai jamais compris comment j’ai pu conserver le même informe cartable, moi, la folle de mode, la compulsive de sacs en tout genre. C’est que je l’avais minutieusement choisi, à l’époque, souple, pratique avec ses recoins sympathiques, afin que je puisse y perdre tous mes stylos.

Dans cet étui, j’ai glissé bien des destins, des joies, des réussites, mais aussi des larmes et de la haine, au gré des corrections de copies ; tout de même, je me souris dans la glace, je n’ai jamais mis zéro à un de mes élèves, car zéro ,cela signifie rien , nul, et c’est nul pour un enseignant , non ?

Je me surprends à serrer cette besace informe contre moi : c’est qu’elle contient toute ma vie de prof : mes attentes, mes peurs d’échec et mes exaltations pour tous ces jeunes, accompagnés toutes ces années.

Véronique

 

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