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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Dis-moi dix mots : les textes de l'atelier

Publié par Dominique Lin sur 26 Mars 2013, 10:36am

Catégories : #atelier d'écriture

Dis-moi dix mots : les textes de l'atelier

 

 

VOILÀ

 

« Qui va là ?

— Voilà le veau, issu de la vache du Valais, cria le valet.

— Le valais, en Suisse ?

— D’où voulez-vous que vienne le veau si ce n’est du Valais ? Car la Suisse, aussi petite soit-elle, ne produit pas de petits veaux, surtout dans la vallée du Valais où naît le Rhône. »

Chacun agita ses neurones et reconnut que cela valait la peine qu’on annonçât le veau.

Devant cet accord dévoilé, le valet ouvrit le voile et invita le veau à être vu.

Des visiteurs venus en voisins et qui travaillaient à la voirie virent derrière le voilage le veau velu que la vache avait vêlé.

« Mais que vois-je ? » vocalisa le voiturier qui, faute de voiture, garait les voiliers comme un porc, car de port, il n’était pas question, à cause du voile !

Mais nous voilà bien loin du début quand il s’agissait de choisir un mot quand le veau apparut.

 

« Qui va là ? dit le valet à nouveau.

— Voici, répondit une voix

— Voici, le cousin de voilà ? Voici, le volage qui hante les galas ?

— Oui, voici qui connaît les gens d’ici… »

Le valet voulait savoir qui valait la peine d’être valorisé et se mit à vasouiller entre le vaillant et le voyeur, le voyant et le valseur. Il eut quelques vapeurs avant de valider le vainqueur, trouva quelques valeurs au vacher, car il voulait revenir au veau, le veau qui le valait bien, car tout début a une fin !

Dominique

 

 

Unique

L’unique tunique portée par un musicien de la clique était de couleur brique, frangée sur les poignets, serrée d’un élastique autour du cou. Tellement serrée qu’en soufflant dans son instrument de musique, à chaque note il faisait « couic », il étouffait, il rougissait. Pris de panique il s’écarta de la clique, et en cliquetant cahin-caha, s’assit sur le bord du chemin sur un énorme tas de briques, pour desserrer l’unique élastique qui le gênait. Le reste de la clique traversa le centre-ville jusqu’à la fabrique, ou l’on attendait la musique. La salle était déjà pleine de drôles de loustics, les uns avaient des tiques d’autres faisaient des mimiques, un peu pris de panique. Les musiciens de la clique accordèrent leurs instruments de musique, et le concert débuta de bric et de broc puisqu’il manquait l’unique musicien à la tunique frangée qui arriva enfin sans son instrument délaissé sur le tas de briques, mais aux chevilles des grelots qui cliquent, cliquetaient.

Le chef de la fanfare atypique qui dirigeait avec des maniques vit arriver le musicien qui tombait à pique pour ce concert unique. Sa drôle d’allure fit tiquer les musiciens, mais déchaîna dans le public un rire général inextinguible qui s’arrêta quand à la buvette on distribua des boissons qui piquent aux moins de douze ans et un vin typique de la région pour les plus grands. Le concert n’eut pas lieu, mais les musiciens finirent la soirée ronds comme des barriques. Tout ce remue-ménage occasionné par l’unique musicien porteur de l’unique tunique frangée et des grelots aux pieds.

Esther

 

  Cachet

Ah, si je pouvais avoir le cachet miraculeux, celui qui me donnerait l’inspiration pour écrire ce roman.
Je ne vais pas le cacher, travailler sur commande n’est pas chose aisée.

Je venais de recevoir le sujet par lettre cachetée. Bien entendu, l’histoire était imposée, et devait avoir un certain cachet.
Foutu métier, que celui de nègre. Impossible d’avoir ses propres idées, il fallait suivre le protocole.
En définitive, pourquoi ? Pour quelques clopinettes, un cachet dérisoire, même pas de quoi m’acheter des petits cachets pour la mémoire.
Et tout cela, en un temps record et imparti. Il était bien noté, en rouge au bas de la page, juste à côté du cachet de la maison d’édition : date limite pour parution 22 mars 2013, le cachet de la poste faisant foi.

Sigrid

Ateliers

En déroulant le fil rouge de ma vie, je me suis aperçue que ma bobine avait conservé plusieurs lieux, entre autres des ateliers.

A l’âge de 17 ans je fis connaissance d’une couturière qui travaillait chez elle dans une pièce qu’elle appelait pompeusement son atelier, il est vrai qu’une autre couturière la secondait et que deux belles machines Singer noires et or y trônaient, un relent de cuisine parvenait jusque a nous, mais cela n’avait rien de désagréable, du moment que ce remugle n’imprègne pas les tissus dispersés çà et là, ceux-ci ayant déjà leur propre arôme.
Donc j’étais là, car j’avais supplié ma mère de m’acheter un tailleur façon Chanel d’où notre venue à cet endroit. Un tweed écossais bleu et rose, ganse et boutons bleus, tout avait été pensé, mais à mon grand désespoir ce ne fut qu’une ébauche : deux manches, un dos que je gardais en souvenir durant de longues années, je lui avais même donné un nom « Forget me not » ; cela fit partie d’une longue liste de désillusions occasionnées par ma douce mère.
Continuons à dévider la bobinette. Nous amenions en révision la 4CV de ma procréatrice dans un atelier mécanique, celui-ci n’avait rien de sophistiqué : ni salle d’attente ni clarté et ni garagiste charmeur. Cela sentait la graisse, l’huile de vidange, la tôle et surtout l’homme en sueur.
À la retraite, je me suis mise à fréquenter plusieurs ateliers créatifs : peinture sur toile et soie, terre, écriture, théâtre. Outre de belles rencontres, j’en ai retenu surtout de belles émanations : acrylique, térébenthine, teintures, terre, four en fusion et pensées.
Tous ces effluves qu’un nez essaye de reproduire pour notre plus grande joie.

Comment rester fidèle à une senteur unique alors qu’à elle seule la vie est un bouquet olfactif ? Quel bonheur d’avoir l’odorat et le goût !
Je me souviens de la sensation que déclencha un vin rouge : un sous-bois et de terre après la pluie.
Avec toutes ces métaphores, je me délecte encore.

Anne-Claude

 

Atelier

Délicatement, elle avance les pieds nus sur le plancher blanchi comme dans un temple sacré ; s’allonge au milieu de la pièce et caresse les lattes comme on fait l’ange dans la neige.
Une brise légère soulève le voilage de la baie, caressant son corps au passage.
Le son infime d’un carillon la transporte
Elle ferme les yeux pour savourer et s’imprégner du lieu.

 

– Ai-je besoin de rien pour imaginer ?
Pour ne pas me disperser...
Mon antre...
Vide, épuré, juste l’essentiel à la création...
Un chevalet vers la lumière...
Les seules touches de couleurs seront sur la toile.

 

– Ai-je besoin de tout pour créer ?
Pour stimuler mon imagination dans mon jardin secret...
Une étagère avec des souvenirs de voyages...
Regards, paysages d’ailleurs pour me projeter plus loin au-delà des images...
Un sofa pour le repos, pour un café, une cigarette ou autre chose... de la musique.
Et dans le coin, le buste en glaise inachevé.

 

Elle ouvre les yeux et s’assoit contre le mur.
– Saurai-je encore me servir de mes mains ?
– Saurai-je encore me servir de ma tête ?
Pourquoi autant de doutes puisque désormais je l’ai, ma place, mon refuge, mon petit paradis.

Il ne me reste plus qu’a imaginer et créer, dans mon atelier

Rozeline

 

 

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