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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Les cinq sens

Publié par Dominique Lin sur 17 Avril 2013, 17:47pm

Catégories : #atelier d'écriture

Vous êtes dans le lieu de votre choix et vous en faites la description en faisant référence aux cinq sens.

Les cinq sens

Assis au fond de la salle dans un coin réservé aux fumeurs, il avait accroché son épais manteau à la patère de l’entrée, repoussé un peu la table pour être à l’aise.

Il était de passage dans ce village auvergnat où son métier de vendeur de lingerie fine le ramenait souvent. Il aimait cette région et voulait absolument en goûter les spécialités.

Bien enfoncé dans sur la banquette, il dévisageait les clients assis aux autres tables.

En attendant les tripoux qu’il avait commandés, il alluma un énorme cigare ; la fumée lui piquait les yeux qu’il fermait béatement afin de mieux apprécier ce délicieux tabac cubain.

Sa serviette autour du cou, attendant dans le brouhaha des couverts, le serveur qui arriva enfin, torchon sur le bras, l’air obséquieux, déposa l’assiette sur la table. Suivit le sommelier qui lui présenta un grand cru. L’homme sembla apprécier, c’était un épicurien et sa silhouette le confirmait.

Plutôt que de découvrir le village, il préférait manger, manger, mais que du bon. Il éteignit son cigare, rajusta sa serviette, huma avec gourmandise le plat, se réinstalla confortablement, les bras bien écartés, prêt à faire disparaître ces fameux tripoux.

La fourchette enfoncée avec délicatesse fit gicler le jus, il déposa lentement un morceau de viande dans sa bouche, ferma les yeux — il les fermait toujours quand il prenait du plaisir — et croqua dedans. Son visage rubicond, déjà coloré par la dégustation du vin, semblait prêt à exploser. Quel régal, comment pouvait-on être végétarien après ça ? Une petite salade verte fit descendre l’entrée, la viande, les légumes, le fromage et le vin.

Seul dans son plaisir, quelques gouttes de sauce coulaient encore aux commissures de ses lèvres, qu’il essuya soigneusement.

Le soir commençait à descendre, l’éclairage s’alluma, la salle se vidait petit à petit, une dernière gorgée de vin, un petit renvoi de satisfaction, il ralluma son cigare. On n’entendait plus que le bruit de la vaisselle que le personnel ramassait. Deux petites tapes sur sa bedaine, il enfila son manteau et sortit dans la rue où le bruit des voitures et le va-et-vient des passants le ramenèrent sur terre. II regagna son hôtel à pied, ouvrit sa chambre, se laissa tomber sur son lit et, sans même se déshabiller, s’endormit dans de bruyants ronflements.

Esther

 

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