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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Petit mensonge, innocent… ou pas

Publié par Dominique Lin sur 18 Janvier 2013, 14:01pm

Catégories : #atelier d'écriture

Mercredi 9 et vendredi 11 janvier 2013
Petit mensonge, innocent… ou pas

 

« Je débite, à toutes les femmes avec lesquelles je me trouve, cent mensonges, souvent absurdes et ridicules, auxquels on donne le nom de galanterie. »
Jean-Baptiste de Boyer, marquis d’Argens, Lettres juives, vol. 2, Gallica

« Puisqu’il ne faut jamais mentir, alors il faut mentir de temps en temps : l’obligation d’être véridique à tout prix contraint à mentir quand la vérité elle-même est plus fallacieuse que le mensonge. »
Raphaël Enthoven, Le Mensonge, Philosophie magazine n° 20, novembre 2009

« L’écrivain ne ment jamais, sauf quand il écrit… »

Réflexion
Nous avons tous dit des mensonges qui pouvaient sauver une situation ou la face, aider un ami, donner vie à un rêve ou une illusion ou tout simplement sans raison.

Mensonge sans conséquence ou compromettant, il s’agit de le raconter en choisissant d’être le menteur.

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Petit mensonge, innocent… ou pas

C’était un samedi après-midi identique à tant d’autres passés dans cette petite ville du piémont pyrénéen ; le ciel gris virait au noir annonciateur de pluie, de vent, d’orage. J’aimais ce temps-là. Emmitouflé dans mon anorak, l’air caressait mon visage et le froid engourdissait mes doigts. L’assombrissement du ciel renforçait la mélancolie qui caractérisait cette période de ma vie.
Je retrouvais Philippe et Rolland au Pub de la rue Victor Hugo, où nous avions pour habitude de passer de longs moments autour d’un café et de parties acharnées de baby-foot et de flipper.
Ce jour-là, nous avions décidé d’aller chez Philippe voir ce fameux test match qui opposait les bleus de France aux blacks de Nouvelle-Zélande. Ses parents s’étant absentés pour la journée, la maison était à nous.
Confortablement installés dans le canapé, nous vibrions aux exploits des deux équipes, admirions l’épreuve de force des « gros » de devant et nous désaltérions avec les verres de scotch que Philippe nous servait. Combien de ceux-ci avons-nous pris durant cette après-midi ? Je l’ignore. Mes souvenirs se sont estompés. Tout comme s’est évaporée de mon esprit la manière dont j’ai pu traverser toute la ville pour rejoindre la maison familiale.

Il me revient pourtant le visage de ma mère et son regard stupéfait et interrogateur. Elle se tenait là, debout à côté de mon lit, me questionnant sur ce que nous avions fait la veille, sur ce que nous avions bu, demandant pourquoi nous nous étions mis dans cet état. C’est étrange, mais sur le moment je ne réalisai pas ce qu’elle voulait dire. Tout à coup, résonnèrent à mes oreilles les reproches de mon père, prononcés sur un ton grave, accusateur et réprobateur.
Je compris alors qu’il fallait que je parle. Je devais absolument dire quelque chose.
Alors, sans même réfléchir, j’indiquais que nous avions fêté le devoir de mathématique de Roland et la fabuleuse note de 4 qu’il avait obtenue. Ces paroles me sont venues comme cela, sans aucune raison et aucune concordance avec mon après-midi de la veille.
Loin d’apaiser les remontrances parentales, mes paroles eurent l’effet inverse et renforcèrent le courroux envers moi. Du coin de l’œil, j’apercevais le sourire narquois de mes sœurs et leurs jubilation de me voir en mauvaise posture. Certes, je n’entendis pas les ricanements, mais je les devinai.
Mais que pouvais-je dire à mes parents ? Les mots ne me vinrent pas tant la situation était incongrue. Nous n’avions rien prémédité, rien manigancé, rien comploté ! Mais auraient-ils pu entendre cela ? Auraient-ils pu se satisfaire d’une non explication ?
Je savais que cette phrase était loin de refléter la réalité des évènements, mais j’avais l’impression qu’il était trop tard pour faire machine arrière. Il fallait que je persiste, que je m’en tienne à cette version, que je tienne tête. J’en faisais presque un défi. Surtout ne pas craquer ! Les reproches continuèrent, toujours plus acérés les uns que les autres. Et moi, je me cramponnais à cette version totalement absurde, comme s’il s’agissait d’une question de survie.
Face à autant d’entêtement de ma part, père et mère finirent par me consigner dans ma chambre et m’octroyèrent une liste de corvées pour les semaines à venir.
J’entendis quelques appels téléphoniques entre parents mais je n’ai jamais su ce qu’ils s’étaient dit.

Aujourd’hui, plusieurs décennies après, je souris à l’évocation de cet épisode de mon adolescence. De temps à autre, lors de repas de famille, nous nous remémorons ce samedi après-midi et, au milieu de l’hilarité générale, je sens monter en moi la rougeur de la honte… Encore aujourd’hui, je ne déments pas l’explication initiale bien que totalement farfelue que fut la mienne ce jour-là. Il m’arrive encore de sentir, l’inutilité de donner des explications à mes interlocuteurs dans certaines situations.
Peut-être s’agit-il d’une réminiscence de cet instant de jeunesse, de la volonté d’user du pouvoir de déstabilisation, ou même de la jubilation de l’imperceptibilité ?
Mon adolescence est maintenant loin derrière moi, et l’adulte que je suis devenu regarde avec amusement le fil de l’existence qui amène à ne pas toujours dire l’exacte vérité.

L. Mathis

Petit mensonge, innocent ou pas

L’idée m’est venue un lundi. Je m’en souviens bien.
Je me suis réveillé ce matin-là en me disant que j’allais mentir systématiquement à toutes les personnes que je rencontrerai pendant la journée à venir.
Drôle d’idée, me direz-vous ?
Je vous l’accorde.

En fait, pas une idée, plutôt un exercice, comme une réparation, une mise au point, une manière pour moi de reprendre l’initiative de mes mensonges, de ne plus laisser les autres les provoquer à ma place. Finie la banale réaction de ma part aux pièges tendus par les conventions et les petites lâchetés du quotidien.
Ce jour-là, j’ai décidé de mentir consciemment, avec aplomb. Du matin au soir. Pour voir.

La lumière du jour pointait doucement à travers les volets, et déjà je me trouvais confronté à mon premier cas de conscience : devrais-je d’abord me mentir à moi-même pour tester mes « compétences » dans ce domaine, domaine que je pensais être nouveau pour moi ?
Ne devrais-je pas me mettre au clair avec mes « mensonges ordinaires » avant de me lancer ?
La tâche n’était-elle pas trop ardue pour le néophyte que j’étais ? Mon inspiration et mon imagination seraient-elles au rendez-vous ? Une journée, c’est long et l’on peut rencontrer vraiment beaucoup de monde.
Les conséquences inévitables de mes affabulations répétées n’allaient-elles pas me mettre dans des situations intenables, voire inextricables, pendant les semaines suivantes ? N’allais-je pas faire de la peine à des personnes victimes de mon petit jeu égocentrique et intellectuel ?
Il était encore temps d’abandonner. Après tout, j’étais le seul à connaître la vérité, et l’idée n’était peut-être pas très intelligente. Et puis, en avais-je vraiment envie ? Trouvais-je cette perspective excitante ? Le défi était-il de taille à me passionner ?
En clair, le jeu en valait-il la chandelle, et n’étais-je pas en train de me mentir ?
« De me mentir… », ça y était : mon premier mensonge volontaire était né !
L’univers m’envoyait un signe ! Je ne pouvais plus reculer, j’avais rendez-vous avec ma folie, le délire était en marche, le moment était venu de dynamiter les conventions et de me surprendre. Comme si j’ouvrais la porte d’une pièce inconnue dans ma propre maison, comme si les dés roulaient sans que je les aie lancés.

Ma compagne commençait à s’étirer de l’autre côté du lit, et je me dis soudain que je pouvais commencer à tester mes nouveaux talents sur elle, à moindres frais me semblait-il. Mais comment mentir ? À quel moment, et de quelle manière ? L’impression me vint que j’allais découvrir mes capacités en même temps que mes victimes, au fur et à mesure de mes mensonges successifs, gros ou petits, prémédités ou pas, innocents ou non. Autre écueil, me disais-je avant de me lancer, mes mensonges seraient-ils crédibles et suffisamment originaux ? Je décidais de me faire confiance.
Ma compagne ouvrit les yeux et me regarda : « Tiens, tu es réveillé mon chéri… figures-toi que j’ai fait un drôle de rêve cette nuit »
Je l’embrassai, un peu distraitement je l’avoue, tout à ma concentration pour faire jaillir mon premier mensonge de la journée. Puis je rétorquai :
« Ah oui, lequel ?
— C’était très étrange, je me demande où je suis allée chercher ça, tu vas me prendre pour une folle : j’ai rêvé que tu étais sur scène et que tu jouais le personnage de Pinocchio ! »

René Mersch

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