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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Un lieu, les 5 sens

Publié par Dominique Lin sur 26 Avril 2013, 17:38pm

Catégories : #atelier d'écriture

Imaginez-vous dans un lieu de votre choix, privé ou public, fermé ou non, intérieur ou extérieur. Décrivez-le en éveillant nos 5 sens…

Un lieu, les 5 sens

La main de bronze cogne sur une vieille porte de bois qui s’entrouvre à demi, une vieille femme nous accueille dans un patio à ciel ouvert au milieu duquel une fontaine diffuse sa musique cristalline.

 

Il faut d’abord se dévêtir, mettre une serviette autour des reins et on pénètre dans une grande salle ; l’atmosphère opaque dissimule les corps.

Il y a bien une trentaine de personnes, femmes et enfants en bas âge. On bavarde, on crie, on parle très fort dans cet endroit, comme si l’opacité devait amortir les bruits.

Les femmes sont assises à même le sol, nues pour la plupart, la pudeur n’existe plus, nous faisons de même, les points d’eau sont nombreux, nous plongeons la louche dans l’eau bouillante et commençons à nous asperger, nous savonner, avec une poignée d’alpha et du savon noir, c’est rugueux, ça décrasse. Et pendant ce temps, ça chante, palabre, jacasse on ne s’entend plus, on est obligé de faire de même. Les faibles rayons de lumière offerts par une sorte de vasistas nous fait découvrir les bouches édentées des vieilles, riant des histoires parfois osées des plus jeunes.

Tout le monde se connaît, on y vient en famille ou avec les voisines. C’est le jour des femmes et elles profitent à fond de ce moment de liberté, pour raconter des bribes de leur vie.

Dès que l’on parle des filles à marier, les youyous fusent comme des grelots, couvrant les bruits des conservations et même le cri des enfants.

Les plus jeunes s’occupent des plus âgées, les frottent, leur lavent la tête au rassoul, une pâte qui, paraît-il, fortifie les cheveux. Ma voisine se propose de me frotter le dos, ce qu’elle fait avec beaucoup de vigueur. Je suis rouge comme une écrevisse, mais la peau est si douce après, une vraie peau de bébé. On est là plutôt pour se rencontrer, s’évader un peu des soucis quotidiens, le bain est secondaire. L’eau chaude se déverse sur les corps, quel bien être, on y resterait bien tout l’après-midi qui lui est réservé aux hommes.

Au bout de deux heures je sors quand même, passe dans la pièce plus fraîche, m’allonge sur d’énormes coussins et déguste un verre de thé à la menthe. Ce changement de température me fait frissonner. La vieille femme de l’accueil vient me frictionner à l’huile d’argan pour me réchauffer et pour garder ma peau de jeune fille ; c’est ce qu’elle m’assure. C’est délicieux. Je me rhabille, dépose ma pièce sur le comptoir et me projette brutalement dans le brouhaha de la rue, laissant derrière moi ce havre de bien-être.

 

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