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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


L'homme qui marche, roman de Yves Bichet, aux éditions Mercure de France

Publié par Dominique Lin sur 23 Novembre 2014, 14:19pm

Catégories : #Chroniques livres

Entre La part animale et L’homme qui marche, 20 années sont passées.
Le premier roman d’Yves Bichet nous plongeait dans le monde des éleveurs intensifs de dindons desquels Étienne, le personnage central, extrait la semence pour inséminer les dindes, car les mâles reproducteurs sont trop lourds. C’est aussi le monde dur des paysans, des notables de la campagne, l’ennui de la femme que les hommes délaissent pour leur travail… C’est la solitude, la poésie de la nature… c’est l’acceptation de la part animale qui réside en chacun de nous.

Avec son 9e roman, L’homme qui marche, Yves Bichet nous balade sur la frontière franco-italienne, là-haut, où la vue sur les massifs, l’immensité du ciel, le parfum des plantes, la solitude, mais aussi la rencontre avec un vieil ami chartreux qui longe la frontière, mais côté italien, aèrent l’esprit de Robert Coublevie. Marcher plutôt que de sombrer après une rupture amoureuse. Marcher avec sa chienne qu’il a nommée Elia, comme son ex-femme. Régulièrement, Coublevie redescend à Briançon et se plonge dans la vie en huis clos d’un bistrot où Camille, l’adolescente écorchée, cherche une compagnie rassurante dans un milieu hostile, où les personnages, traités comme un tableau pointilliste, ont tous une part animale en eux, cette part animale sujet du premier roman de l'auteur.
L’histoire alterne entre ces moments de solitude presque aérienne, partagée avec cet ami chartreux ou Camille, et la vie glauque d’en bas. Sujets graves, philosophie et humour se succèdent, s'entremêlent. Une intrigue se noue, des pistes apparaissent, de fausses pistes… et le dénouement n’est pas du tout celui qu’on attend.
Ce roman traite du pardon, du regard sur le monde, du choix des hommes qui ne paraît pas toujours évident au premier abord.

Au-delà de l’histoire, le regard d’Yves Bichet.
Il est bon que les hommes qui ont vécu de la terre se mettent à écrire. Les sentiments et les caractères sont vrais, parfois rustres, mais définitivement authentiques. Et l’approche du monde se fait par la porte de l’universalité intérieure. L’homme est simple, modeste, souriant. Comme il aime à le répéter, c’est par accident qu’il a été édité dans la revue NRF de Gallimard pour ses premières poésies, il y a plus de 20 ans. Cette poésie est toujours présente dans l’écriture d’Yves Bichet. Elle rythme les pages, nous berce, donnant envie parfois de lire à haute voix, pour mieux l’entendre chanter à nos oreilles. La nature n’est jamais loin dans ce livre et Yves la module avec la justesse due à son expérience. Dans les moments de dramaturgie forte, heureuse ou malheureuse, elle continue de fasciner, les ruisseaux de couler, les fleurs d’éclore.
Yves Bichet sait prendre des risques. Son parcours littéraire est une remise en question permanente. Chaque roman traite d’un sujet différent, quand il serait aisé, voire confortable, de se caler dans un genre et ne plus en sortir.
Yves Bichet prend son temps pour écrire, pas question de « produire ». Le prochain roman est en écriture, son éditeur le pousse… mais lui est comme l’homme qui marche, il a tout son temps.

 

L'homme qui marche, Yves Bichet, Mercure de France
ISBN-13: 978-2715234635

Yves Bicher en dédicace à la librairie Elan Sud à Orange le 22 novembre 2014.
Yves Bicher en dédicace à la librairie Elan Sud à Orange le 22 novembre 2014.

Yves Bicher en dédicace à la librairie Elan Sud à Orange le 22 novembre 2014.

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