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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - Formateur - Ateliers d'écriture


Le Pavillon de thé, Richard Collasse, éd. Le Seuil

Publié par Dominique Lin sur 8 Octobre 2017, 17:59pm

Catégories : #Chroniques livres

En lisant le résumé de ce nouveau roman de Richard Collase, je me suis dit « Encore ! ». Des ingrédients déjà lus m’avaient sauté aux yeux : … à la veille du Nouvel An (Seppuku*)… dans un vieux quartier de Tokyo (Saya*), un homme […], c’est un Français (La Trace*)… liaison clandestine avec une Japonaise (Saya)…
Puis j’ouvre le livre, car j’ai aimé les 4 romans de Richard Collasse, et je découvre que le personnage principal, le Français, s’appelle M. R. comme… Richard, ce qui a déjà été utilisé. Mais là, je n’ai rien à dire puisque chaque personnage principal de mes romans s’appelle Léon !
Et, pour terminer ce premier contact, combien d’auteurs français situent leur roman en France? Pourquoi Richard Collasse qui vit au Japon depuis plus de 40 ans ne pourrait-il pas situer les siens où il vit ?

C’est donc avec un peu d’appréhension que je commence ce livre, mais je me laisse vite prendre par la richesse de l’imaginaire de l’auteur, par la fluidité de son écriture et sa vision romantique d’un Japon que peu de gens connaissent, même si aujourd’hui, cette vision est quelque peu noyée dans un quotidien bien plus cru.
Nous allons donc osciller entre deux périodes, 1986, là où se situe le narrateur au début de l’histoire, et 1965, quand le nœud de cette intrigue a commencé. Nous allons glisser sur plusieurs années de ces deux périodes dans lesquelles la cérémonie du thé est presque le personnage principal tant elle est présente, précise, subtile. C’est d’ailleurs par elle que le livre commence, début quand même plus serein que la scène de Seppuku où, dès les premières pages, le personnage quittait la vie dans cette autre cérémonie très codifiée du Japon.
M. R. un peu las de ses activités professionnelles est accepté à des « cours » de cérémonie du thé, qui est moins une activité sociale qu’un chemin initiatique menant à une certaine forme de sérénité et de sagesse, chemin que maître Sakurai (une femme) fait parcourir à chacun de ses élèves avec rigueur et discipline, surtout quand on est un jeune étranger ignorant. C’est là que R. a rencontré Mariko, descendante d’une longue lignée de Samouraïs, des gens intouchables, inapprochables, d’autant plus, une fois encore, pour un étranger !
Mais l’attirance mutuelle est là, plus forte que la tradition et ses murs, et les deux disciples vont se voir en cachette, se découvrir, laisser monter le désir de la passion pendant des mois. Ensemble, ils vont avancer sur ce chemin de la préparation du thé, mais aussi de l’amour. Durant leurs escapades secrètes, nous allons découvrir un Japon intime à l’auteur.
Nous revenons en alternance aux années 1980, avec la visite régulière du commissaire Tanaka qui enquête sur la disparition de Mariko, et qui doute de l’innocence de R. sans pouvoir prouver quoi que ce soit… des rapports ambigus, faits de politesses, de regards et de sous-entendus silencieux…
Il y a aussi les visites de Miyano, l’artisan qui a construit le pavillon au thé que R. a fait construire dans la plus pure tradition au fond de son jardin et qui vient chaque année à date fixe pour savoir si son ouvrage a besoin de lui, de quelque réparation… là encore, nous sommes dans un rythme cérémoniel.

Pour résumer, je pourrais dire que Richard Collasse  a écrit une version japonaise de Roméo et Juliette avec tous ses ingrédients faits de finesse, de mystère, de passion et de peur de se perdre.


Certes, je me suis un peu perdu dans la profusion de noms japonais, je n’ai pas suivi tous les gestes de la cérémonie de préparation du thé — il faut au moins une vie… —, mais je me suis promené sous les cerisiers en fleur, je suis monté au sanctuaire Fushimi où l’on peut faire graver des mots d’amour sur les piliers de bois vermillon écarlate entretenus par les moines. Je me suis encore laissé embarqué dans ce Japon mystique de Richard Collasse, de R. San, celui où la langue possède de nombreuses façons de dire le mot aimer, dont celui des amants, mais que l’on ne prononce jamais… Et tant pis si certains disent qu’il n’existe que dans son imaginaire, il me plaît bien, je le sais, j’y suis allé.

 

* romans de Richard Collasse édités aux éditions Le Seuil.


ISBN : 978-2-02-136246-6
Éditeur : Le Seuil
Date de publication : 10/2017
288 pages — 19 €

Chronique précédente : Indocile, de Yves Bichet, éd. Le Seuil

 

Le Pavillon de thé, Richard Collasse, éd. Le Seuil

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