Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture


Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud

Publié par Dominique Lin sur 14 Avril 2020, 17:41pm

Catégories : #Chroniques livres

Lorsque j’ai pris connaissance de l’existence du roman de Laurence Creton, Camille Claudel, nos enfants de marbre, je me suis dit : encore elle…
Je savais l’auteure très fan de l’artiste et je ne doutais aucunement de la qualité de ses écrits, mais je me suis demandé comment elle allait proposer quelque chose d’innovant à propos d’un sujet aussi fréquenté en littérature qu’au cinéma ou au théâtre. Pas moins de deux créations à son sujet étaient à l’affiche du Off d’Avignon en 2019 et plusieurs livres récents, dont cette thèse technique et psychologique de 714 pages à son propos parue aux éditions l’Art Dit !
Comme on le répète souvent, en littérature, tous les sujets ont déjà été abordés, reste à chaque auteur de réinventer un éclairage : c’est ce qu’a réussi à faire Laurence Creton en abordant le cas Claudel avec ce qu’on appelle une fiction épistolaire.
Pour certains, ce genre littéraire peut paraître étrange, difficile d’accès. C’est un peu comme lire du théâtre. Mais, là encore, l’auteure a su donner du rythme à ses lettres, proposer un regard intime sur la vie privée de l’artiste, tout en abordant des sujets intemporels tels que son rapport à l’amour, aux enfants qu’elle a eus ou aurait pu avoir, les sentiments qui la liaient à Rodin et Paul, son frère, bien entendu, mais surtout l’amitié partagée avec Jessie Lipscomb, une jeune Anglaise qui partagea le même atelier et le même professeur, à qui cette correspondance est destinée et à laquelle elle répond dans une première partie. Vient ensuite la correspondance avec son frère Paul.

Elle élargit aussi le sujet en abordant la condition féminine des artistes en France et en Angleterre. Combien de fois, son prénom mixte lui a valu des déceptions lorsque les collectionneurs ou marchands d’art ayant apprécié une de ses statues se sont aperçus qu’elle était l’œuvre… d’une femme ! Pareil pour les commandes ou les expositions annulées sans ménagement.


L’auteur nous entraîne dans la création sculpturale de Camille Claudel, ses difficultés pour sortir de l’emprise de Rodin, autant artistiquement qu’amoureusement. Son combat pour être sa seule maîtresse face aux autres élèves, mais surtout face à sa femme qu’il ne veut pas quitter.
La correspondance avec son frère nous en apprend aussi sur celui qui a souvent été éclipsé des textes. Pourtant, il a mené un combat personnel, un cheminement dans sa quête amoureuse et poétique.

Ce livre nous permet aussi de nous intéresser à ses sculptures, d’aller voir à quoi elles ressemblent en comprenant le cheminement de son travail, ce qu’elle a voulu mettre dedans. Il nous éclaire aussi sur sa relation avec Claude Debussy à qui elle a offert une version de La Valse. Une première version de cette statue avait été refusée, car elle était nue. On ressent dans cette œuvre un concentré de ce qui hantait Camille, la recherche du mouvement, le déséquilibre, la magnificence et l’expression du corps, puis la transparence et le flottement des drapés. On ne peut pas ne pas avoir envie de revoir La petite châtelaine, La Porte de l’enfer, Les Causeuses, Sakountala, l’Implorante, et tant d’autres pièces magnifiques.

Laurence Creton a donné un esprit contemporain à ce texte qui couvre les décennies de création artistique et de passion des Claudel et nous emmène, en nous faisant vivre l’évolution psychologique de Camille jusqu’à la porte de l’asile de Ville-Evrard, puis de Montfavet où elle est restée trente ans.
Un dernier mot sur ce roman épistolaire, son titre que je trouve très beau. Il résonne dans plusieurs directions, celle de ses créations, seule progéniture officielle, et ces enfants qu’elle a ou aurait eus, absents de sa vie, froids et immobiles comme le marbre, et qui sont peut-être une part des raisons de son déséquilibre psychique.

Camille Claudel
Camille Claudel (1864-1943) : à gauche, l'artiste avant 1883, à droite, en 1929, âgée de 65 ans, à l'asile de Montfavet dans le Vaucluse.


Je ne pouvais terminer cette chronique sans citer Noëlle Châtelet qui a fait l’honneur à Laurence Creton de préfacer ce roman, et dont je me permets de citer un extrait :
« La vraisemblance obligée de ce roman épistolaire, Laurence Creton la maintient avec une maîtrise qui non seulement montre sa vraie connaissance historique des personnages qui rythme les événements, mais aussi un don d’empathie, surtout envers Camille, qu’elle transmet au lecteur et qui permet que l’illusion de la véracité des lettres fonctionne magnifiquement.
On avance dans cette lecture, comme si on découvrait un secret à nous seuls destiné, comme une faveur semblable à celle que l’on éprouve à retrouver, par hasard, au fond d’un grenier, dans une malle oubliée depuis longtemps, une vieille correspondance, jusqu’ici inédite, et du coup, vertigineuse. »

Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud, collection élan d’elles 2020.

Les premières pages en ligne avec la vidéo de présentation de l'auteure en cliquant ici.

Résumé de l'éditeur :

Sculptrices, Camille Claudel et Jessie Lipscomb se sont connues dans l’atelier de Rodin. En France, comme en Angleterre, être artiste-femme est compliqué, surtout dans l’ombre du Maître.
Quand le doute l’envahit, celle qui signe mademoiselle Say se raccroche à son frère Paul.
Laurence Creton reprend trente années de l’histoire de la célèbre artiste au caractère complexe, dans une correspondance inspirée de sa vie.
Ce nouveau regard nous donne envie de redécouvrir son travail fabuleux.
Préface de Noëlle Châtelet
EAN : 9782911137655
248 pages - 18€

 

Chronique précédente : Deltas, roman de Jean-Philippe Chabrillangeas, éd. Elan Sud

Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Chronique : Camille Claudel, nos enfants de marbre, de Laurence Creton, éditions Élan Sud
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents