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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture


Un homme qui meurt est une bibliothèque qui brûle

Publié par Dominique Lin sur 13 Octobre 2021, 10:24am

Lazare Ponticelli, le dernier poilu français, est décédé le 12 mars 2008 à l’âge de 110 ans.
Claude Choules, dernier combattant britannique connu de la Première Guerre mondiale, est mort le 5 mai 2011 à l’âge de 110 ans.
Aujourd’hui, Hubert Germain, dernier rescapé des Compagnons de la libération, est décédé à l’âge de 101 ans.
Ne vous méprenez pas, je ne suis pas là pour faire un inventaire « à la cimetière » des héros des deux grands conflits du XXe siècle. Je souhaite rappeler combien la transmission directe par la parole est importante.

C’est justement en mars 2008 que nous l’avons compris et qu’une décision a été prise. Après le départ du dernier poilu, « ceux de 40 » allaient suivre et leur parole s’éteindre.
Alors, avec une équipe de bénévoles de l’association Expressions littéraires universelles, proche d’Élan Sud, nous sommes partis à la recherche des témoignages de ceux qui ont écrit le Vaucluse. Nous ne souhaitions pas recenser le nom des gradés, des bataillons, des matériels et armements, là encore, pas d’inventaire « à la militaire ». Nous souhaitions entendre des humains nous parler de leurs émotions, de leur ressenti durant cette période où la vie semblait être mise entre parenthèses. Nous souhaitions aussi regrouper les faits marquants de ce département, un peu moins marqué que d’autres pendant cette guerre, mais qui a aussi connu ses héros, ses combats, ses peines et ses faiblesses.

Après 4 ans de rencontres, d’écoute, de transcription, de recherche, et six mois de validation iconographique, pour les 70 ans de la libération de la Provence, Élan Sud a fait paraître 39-40 en Vaucluse, nous étions des sans-culottes.
Cet ouvrage a fait grand bruit dans le paysage historique de cette époque, car il apportait un nouvel éclairage, celui des hommes et des femmes, qui permettait aux générations suivantes de comprendre un peu plus ce qui s’était passé, en dehors de toute fioriture médiatique ou personnelle. Il a permis aux lecteurs de découvrir qu’à quelques kilomètres de chez eux, des faits s’étaient déroulés dont ils ignoraient l’existence. Il est aussi devenu une référence pour certains écrivains qui situent leur roman au milieu du sujet de notre travail.

En lisant cet article sur le décès de Hubert Germain, je ne peux que me souvenir de cet honneur que nous ont fait ces anciens du Vaucluse en nous transmettant leur témoignage. Ils nous ont aussi donné de belles leçons d’humilité et d’humanité, eux qui auraient pu en vouloir à la terre entière, eux qui, pour certains, avaient la série de chiffres tatouée sur l’avant-bras ou le corps brisé par les épreuves, eux qui, à 80 ans passés, allaient encore dans les collèges pour parler de paix aux enfants.

À la parution du livre, nous avons été invités à le présenter lors de cérémonies, d’anniversaires ou de commémorations. Tous venaient nous remercier alors que nous n’avions été que les scribes de leur histoire, de leur dévouement, de leur engagement pour notre pays envahi.
Si je dois tirer une leçon de cet épisode, c’est de toujours être attentif à l’histoire des hommes, des humains devrais-je dire pour ne pas séparer la femme de cette aventure.
Je ne peux que vous inviter à découvrir cet ouvrage collectif intemporel que j’ai eu le grand plaisir à diriger, car, 8 ans plus tard… le souvenir est toujours intact, les émotions ressenties durant les rencontres à la maison du combattant à Avignon où 20 ou 50 anciens venaient témoigner sont toujours à fleur de peau. Leur sourire, leur regard parfois embué, leurs poignées de mains chaleureuses, leurs silences aussi sont toujours en moi.

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