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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture


Chronique : Les risées du lac, Emmanuelle Grangé, éd. Arléa

Publié par éditions Elan sud sur 9 Novembre 2021, 16:04pm

Une grande maison bourgeoise, un lac.
Un couple usé par le temps.
François, le mari, volage, riche, intelligent, bel homme, orphelin autoconstruit.
Bérangère, l’épouse, délaissée, mais entretenue par le mari, donc « prisonnière ».
Trois grands enfants loin de la maison.
Marcel, le vieux jardinier algérien.
La Mercedes dans le garage (si, si, c'est important…).
La dernière maîtresse en date, Vivianne, plus jeune et appétissante, bien entendu.

Le lac, très présent, sert de réceptacle et de soutien aux pensées noires et au corps de Bérangère. C’est là qu’elle revit, en profondeur, qu’elle pense, ressasse, c’est là que la tempête gronde, prête à remonter à la surface.
C’est dans cette forme de marasme qu’intervient Vivianne, la secrétaire et maîtresse de François. Les deux femmes se rencontrent grâce à l’entremise du mari qui pense qu’avoir ses deux femmes à portée de main est un moyen efficace d’organiser son emploi du temps. Mais les deux femmes (on pouvait s’y attendre) vont se trouver le point commun auquel il ne s’attendait pas : lui, devenu leur ennemi commun. Connivence non dite, complicité secrète, leur donnant la force de résister en silence à celui qui devient violent, dangereux.
Il y a du glauque dans l’air, une vie de mensonge et d’adultère, ce n’est jamais très drôle. Heureusement, Marcel est le soleil de cette histoire apportant la lumière sur cette vie de l’épouse, aussi plate que le lac, à peine quelques risées ici ou là.
On aurait tout du Vaudeville ou du cliché (le sale type et les deux victimes) si l’angle d’attaque de l’auteur n’avait pas été d’écrire un roman à deux voix intérieures, celles de femmes, croisant le regard de chacune sur les situations vécues ensemble ou séparément, au risque de perdre le lecteur qui ne sait pas toujours quelle est la narratrice, surtout que le style utilisé pour chacune est identique à l’autre.
Que l’auteure ne donne la parole alternativement qu’aux deux femmes, duo à sens unique, rend le propos arbitraire. Le tyran d’un côté, les victimes de l’autre.
L’homme n’est là qu’en accessoire, or, dans tout procès, l’accusé a droit au chapitre, dans tous les sens du terme, et là, ce n’est pas le cas.
Certes, collectionner les conquêtes n’est plus de notre temps, mais il est généreux, et les femmes acceptent ses largesses.
Les victimes n’auraient-elles pas une part de consentement ? Rester pour le confort matériel alors que l’adultère est connu depuis longtemps, avant que les rides et l’abdication creusent leurs sillons, avant que le silence remplace toute possibilité de dialogue, avant que le couple se dégrade jusqu’au point de non-retour.
Heureusement, l’écriture est fluide, rapide, parfois sèche.

Chronique précédente : L’Intrusive, de Camille Dumont, éd. Le Mot et le reste

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