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Fallait-il retraduire Mein Kampf ?
Le débat a été houleux, car, avec la montée des extrêmes droites dans le monde, la question se posait. La réponse : un ouvrage ne portant pas son nom accompagné de nombreuses notes de bas de page, rendant plus abordable et compréhensible cet ouvrage polémique de 600 pages écrit en prison en 1924, porté à presque 900 pages.
En juin dernier, donc, sortait Historiciser le Mal, chez Fayard, une édition critique de Mein Kampf, portée par une équipe de chercheurs pendant neuf années. Olivier Mannoni, qui l’a traduit, savait dès le début que ce livre était un symbole, un objet à part dans le monde du livre.
Après une première version, l’éditeur lui demande de retravailler son texte afin de rendre, fidèles à l’original, la complexité, la lourdeur, les incorrections de langage, bref, tous les défauts rendant la lecture confuse et difficile, mais surtout restituer la réalité de l’original : un verbiage parfois obscur permettant de glisser de nombreuses idées que l’on connaît mieux aujourd’hui.
C’est là que l’on prend la mesure de l’importance du traducteur et de l’accompagnement littéraire de l’éditeur. Nous lisons souvent des traductions et nous sommes en droit de nous poser la question quant à la qualité du texte. Les lourdeurs, les imperfections, à nos yeux, viennent de l’auteur ou du traducteur ?
Dans cet essai, Olivier Mannoni exprime toutes les phases par lesquelles il est passé devant un tel labeur relevant de l’historique et du travail de mémoire.
S’il semble aisé, ou pour le moins courant, de traduire une fiction, pour laquelle la priorité repose dans le style à respecter, à transcrire les non-dits, les silences… là, il s’agit de « baigner » dans l’horreur du texte, entrer dans l’esprit d’un certain Adolphe Hitler ! Je ne suis pas sûr que les volontaires à cette épreuve soient légion.
Nous découvrons dans ce livre tout le processus pour arriver à l’édition de l’ouvrage, mais, ce que j’attendais, c’était le lien avec le présent. L’auteur nous décrit les stratégies d’écriture, qu’elles soient pour un livre ou un discours, et nous découvrons, malheureusement, le lien entre les textes liés à la naissance du nazisme et ceux d’aujourd’hui retrouvés dans le camp de l’extrême droite : mots-clés répétés à l’envi, réduction du vocabulaire pour pouvoir entrer en tête comme un mantra, en opposition à de longues phrases absconses côtoyant des mensonges grossiers, mais exprimés avec fermeté.
Si cet essai, clair, fluide, simple, court, ne donne pas vraiment envie de lire Historiciser le Mal, il éclaircit de nombreuses questions et remplit donc très bien sa fonction.
Traduire Hitler, Olivier Mannoni, éd. Héloïse d'Ormesson
EAN : 9782350878393
128 pages - 15€
Chronique précédente : Sous l’aile du lion, Céline Debayle, éd. Arléa
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