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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture


Chronique : Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba, éd. Le Mot et le reste

Publié par éditions Elan sud sur 4 Janvier 2021, 14:46pm

Catégories : #Chroniques livres

Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba, éd. Le Mot et le reste

Ceux qui me suivent le savent, j’aime faire découvrir des auteurs en dehors des autoroutes de l’édition. La maison Le Mot et le reste, basée à Marseille, fait partie de ces éditeurs indépendants que je suis pour la qualité, la diversité et l’originalité de ses parutions.
Je vais commencer cette année 2021 par ce premier roman de Gabrielle Filteau-Chiba, Encabanée, paru initialement au Québec aux éditions XYZ.

Encabanée est un de ces termes imagés typiquement québécois que l’on retrouve tout le long de ce roman et qui donnent une touche particulière aux lecteurs français, nous permettant presque d’entendre le savoureux accent de Gabrielle Filteau-Chiba. Son écriture fluide et subtile nous embarque dans ce huis clos avec l'hiver de la forêt canadienne, un journal intime entre les éléments et l’auteure en quête de retour sur elle-même. Pas facile de quitter le confort de la ville pour aller affronter le froid, la solitude et la nature sauvage sur fond de cris de coyotes. Tout est réduit au minimum vital pour mieux réapprendre les valeurs et révéler les vrais besoins. C’est le moyen pour Anouk, le personnage central, de tout remettre à plat et de passer à la phase suivante de sa vie.

Reste une visite inattendue qui va bouleverser cette solitude.

L’auteure, concernée de près par l’environnement et la défense de la nature a vécu cet isolement dans son chalet sur une terre près de la rivière Kamouraska à Saint-Bruno, sans électricité et sans eau courante. On ne peut inventer les morsures du froid, le besoin vital de feu, de nourriture, d’eau et de sommeil.
« Je me suis imaginé des choses qui ne sont peut-être pas arrivées. Dans un délire d’avoir froid et de ne pas dormir. Tes peurs prennent plus de place. Tu ne sais plus s’il y a quatre ou quarante coyotes dehors », dit Gabrielle Filteau-Chiba. (Source : Le Journal de Québec)

Ce journal intime, censé n’être lu que par son auteur, s’adresse à tout le monde, disséminant ici et là un effet miroir, une question, un regard sur notre société, l'environnement, etc. Pas de leçon, juste l’expérience de cette femme qui tente de quitter la ville, sans y être réellement préparée.

Reste la structure de ce roman qui m’a un peu dérangé. J’ai dû regarder les dates inscrites en début de chapitre pour m’assurer du temps écoulé d’après l’auteur, car je trouvais les réactions très, voire trop rapides. Peut-être est-ce dû aux convictions déjà établies de l’auteure qui n’ont pas eu le temps de réellement se développer à leur propre rythme dans l’esprit du personnage, je ne peux le dire, mais tout comme pour « le visiteur » inattendu, certaines réactions semblent en désaccord avec le rythme de la nature et de l’éloignement de la civilisation. Ce texte me semble trop court et aurait mérité d’être approfondi, plus lent encore.
Trop court, et de cela, j’en suis sûr, grâce et non à cause de la qualité de certains passages très poétiques qui nous plongent dans cette nature puissante, hostile et généreuse à la fois, par sa beauté, ses silences et ses musiques… et les mots qu'emploie  Gabrielle Filteau-Chiba pour le dire.
Un premier roman chargé de graines de style qui promet un bel avenir d’écriture… le 2e titre, Sauvagines, est déjà paru chez XYZ, viendra-t-il en France ?

Gabrielle Filteau-Chiba - Photo: Julie Houle-Audet

L’auteure dit ne pas avoir quitté Montréal pour « fuir » la grande ville. « J’ai aimé la ville, j’en ai profité, je suis allée dans de bonnes écoles et dans des musées. Mais, je sentais que j’avais déjà atteint mes objectifs. Je me suis dit : est-ce que je continue comme ça pour le reste de mes jours ? Ce n’était pas suffisant, j’avais besoin de me mettre en danger », dit celle qui n’a pas regretté son choix. (Source : Le Journal de Québec)

Extrait : « Les poèmes, il faut les garder pour la fin, les savourer à la lueur d’une bougie. Mes yeux picotent derrière les volutes de fumée bleue. Dis, Marie-Jeanne, l’errance, n’est-ce pas la fuite du moment présent ? Et moi, pourquoi suis-je venue m’enfouir dans la plus rude des saisons ? Pour endormir mes passions et me cacher au fond d’un rang, comme dans un écrin de neige ? Je comprendrai pourquoi je suis ici lorsque j’aurai tout lu. D’ici là, je tourne les pages de Gilles Vigneault et me délecte du bruit du papier entre mes mains sablées, de l’odeur des vieilles reliures et du temps qui m’échappe enfin. Dehors, il fait noir comme chez le loup. »

Écoutez ma chonique sur France Bleu Vaucluse du samedi 9 janvier en cliquant ci-dessous:

Parution : 07/01/2021
ISBN : 9782361397029
96 pages (14,8 x 21 cm)
13.00 €

Résumé de l’éditeur :
Anouk a quitté son appartement confortable de Montréal pour un refuge forestier délabré au Kamouraska. Encabanée loin de tout dans le plus rude des hivers, elle livre son récit sous forme de carnet de bord, avec en prime listes et dessins. Cherchant à apprivoiser son mode de vie frugal et à chasser sa peur, elle couche sur papier la métamorphose qui s’opère en elle : la peur du noir et des coyotes fait place à l’émerveillement ; le dégoût du système, à l’espoir ; les difficultés du quotidien, au perfectionnement des techniques de déneigement, de chauffage du poêle, de cohabitation avec les bêtes qui règnent dans la forêt boréale ? Encabanée est un voyage au creux des bois et de soi. Une quête de sens loin de la civilisation. Un retour aux sources. Le pèlerinage nécessaire pour revisiter ses racines québécoises, avec la rigueur des premiers campements de la colonie et une bibliothèque de poètes pour ne pas perdre le nord. Mais faut-il aller jusqu’à habiter le territoire pour mieux le défendre ?

Chronique précédente : Radiateur d’appoint, Alex Lutz, éd. Flammarion
 

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