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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture


Chronique : L’homme qui marche, Jean-Paul Delfino, éd. Héloïse d’Ormesson

Publié par éditions Elan sud sur 18 Février 2021, 16:58pm

Catégories : #Chroniques livres

Drôle d’histoire que celle de Théophrastre Sentiero, dit Théo, qui se trouve un jour pris en otage par ses pieds qui ne souhaitent qu’une chose : bouger.
Bouger, avancer, découvrir le monde.
Le destin de Théo, dont le couple s’est éteint depuis des années tout comme le sont les rapports avec ses deux ados, est complètement perturbé lorsqu’il s’aperçoit que,  lors d’un repas de Noël en famille, sous la table, ses pieds ont envie de bouger, ses jambes idem, et que rien ou presque ne peut les arrêter.
Cet événement va bousculer sa vie, à commencer par le faire dormir sur le canapé du salon, car sa femme en a marre d’être réveillée sans cesse par ses mouvements nocturnes incontrôlés, puis il va quitter son emploi de pêcheur d’épaves dans la Seine qu’il ne trouve pas à la hauteur de ses ambitions. Il va prendre de la distance avec ses copains du bistrot le Gay Lu condamné à disparaître, mais ce sont deux autres événements inattendus qui vont amplifier ce bouleversement : l’apparition d’une femme mystérieuse, fruit ou non de son imagination, un soir sur le Pont Neuf, qui le pousse à la retrouver lors de ses pérégrinations, et la rencontre avec Anselme Guilledoux, un bouquiniste aveugle, mais pas tout à fait.
Ce roman est aussi une galerie de portraits pour certains un peu loufoques… personne n’est « normal » dans cette histoire, la peintre qui depuis des années reproduit des roses des sables au jardin du Luxembourg, la concierge qu’il a envie de tuer chaque jour un peu plus, la patronne du Gay Lu et ses piliers de comptoir, sans oublier le bouquiniste qui n’en finit pas de surprendre. À côté d’eux, cet homme qui marche passerait presque pour un homme ordinaire !
L’écriture est vive, riche en vocabulaire, le rythme enjoué, on passe d’un univers à l’autre sans peine. Delfino en profite pour parler de son rapport à l’écriture et à la lecture avec lequel je partage de nombreux points.
Seule ombre au tableau à mon goût, les dialogues trop présents et trop longs qui servent parfois de tribune à l’auteur. L’utilisation des dialogues indirects ou de l’introspection auraient certainement mis plus en valeur les points de vue de l’auteur, principalement transmis par Anselme Guilledoux.
Il n’en reste pas moins le plaisir et l’aspect loufoque de ce livre.

Peuplé par des personnages truculents, L’Homme qui marche est un conte philosophique. Ode à un Paris presque évanoui, il envoûtera ceux qui accepteront de s’en remettre à la chance, ou au destin. Un livre qui donne aussi envie de suivre le nom des rues avec un plan, pour cheminer avec Théo dans Paris avant qu'elle disparaisse dans l'uniformité de toutes les métropoles du monde.

Résumé de l’éditeur
Théophrastre Sentiero est un homme résigné. S’il habite au cœur du Quartier latin, il vit modestement d’expédients pour assurer la pitance de ses ados rivés à leur téléphone, de sa femme un brin despotique et de sa belle-mère momifiée. Son train-train bien huilé, il s’y est fait, égayé par les piliers de comptoirs du Gay-Lu et les figures du coin. Sauf que…
Ce 25 décembre, Théo fête Noël – et son anniversaire, dont personne ne fait grand cas – lorsqu’il ressent soudain des picotements dans les pieds et les jambes qui se mettent à s’agiter sous la table au grand dam de sa femme. À compter de ce jour, ces fourmillements irrépressibles ne cesseront plus. Et Théo n’aura d’autres choix, pour les apaiser, que de parcourir la Ville Lumière en tous sens. Au gré des rencontres fortuites qui jalonneront ses traversées, et notamment celle d’Anselme Guilledoux, bouquiniste fantasque, ce cœur éteint se ravivera à la flamme des mots et de l’amour.

L’Homme qui marche sonde l’âme d’un homme en quête d’un second souffle à travers un Paris en pleine reconstruction. Au cours de cette promenade étonnante, Jean-Paul Delfino dresse une galerie de gueules cabossées aussi attachantes que délicieuses et réenchante le quotidien en conteur des petits miracles entre Tati et Doisneau.

 

Chronique précédente : Le neveu d’Anchise, Maryline Desbiolles, éd. Le Seuil

 

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