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Dominique Lin

Dominique Lin

Écrivain - chroniqueur - Ateliers d'écriture


Chronique : La belle d’occident, roman de Huynh Thi Bao Hoa, traduit par Nguyen Phuong Ngoc, éd. Decrescenzo

Publié par éditions Elan sud sur 12 Février 2022, 13:58pm

Catégories : #Chroniques livres

D’abord, un grand merci aux éditions Decrescenzo de nous proposer cette littérature asiatique qui bouscule nos repères occidentaux et nous permet d’ouvrir nos yeux différemment.

Ce premier roman vietnamien de 1927 écrit par une femme engagée dans le féminisme nous ramène bien plus loin qu’au siècle dernier en termes de style.

Une forme de Roméo et Juliette, un amour impossible qui réunit deux amants opposés par la naissance, elle française et issue d’un milieu aisé, lui, simple paysan vietnamien engagé dans le conflit de 1914 et envoyé à l’autre bout du monde. Ce qui les unit, c’est leur sens de la culture, leur probité, les notions d’honneur, d’honnêteté et de parole tenue. Ce sera leur lien tout au long de l’histoire.

Que ce soit en France puis au Vietnam, leur amour devra supporter mille épreuves, mille tromperies, mille barrières qui tenteront de briser le couple.

Le mépris de la France pour ces indigènes importés des colonies pour servir de chair à canon et renvoyés au pays une fois le conflit terminé, la jalousie de tous ceux qui auraient aimé ravir le cœur (et le corps) de la belle Française, la loi des castes, des clans, des rapports de pouvoir et de l’argent.

Ce roman aurait autant pu être écrit par une auteure indienne, africaine ou issue de toute autre colonie de l’époque, car il dénonce, malgré son romantisme, l’exploitation de l’homme soumis aux lois de la dictature ségrégationniste installée dans toutes les colonies du monde, par les Français, mais aussi tous les colonisateurs.

Il dénonce aussi le machisme, tous les pouvoirs qui viennent s’immiscer entre la parole d’honneur et celui ou celle qui la prononce.

Il dénonce aussi qu’au pays colonisé, tout n’était pas si rose, que derrière l’exotisme affiché peut se cacher la même situation sociale qu’ailleurs : l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

Je sais Franck Decrescenzo assez engagé dans la culture asiatique pour respecter les textes qu’il édite et suis convaincu de la restitution la plus fidèle du texte original.

L’écriture de Huynh Thi Bao Hoa est à l’image de ses personnages, surtout aujourd’hui : simple, surannée avec, il est vrai, quelques répétitions et alertes sur ce qui va se passer…

Ce texte emblématique est devenu un classique au Vietnam. Nous avons les nôtres, datés, qui pourraient souffrir d’une critique acerbe si nous ne les resituions pas dans leur contexte.

 

Résumé de l’éditeur :

LA BELLE D’OCCIDENT, HUỲNH THỊ BẢO HÒA, traduit par NGUYEN Phuong Ngoc

Tuấn Ngọc, jeune homme originaire d’Indochine, quitte son pays pour rejoindre l’armée coloniale. Il va combattre sous le drapeau français, c’est la Grande Guerre. Blessé au champ de bataille, il rencontre à l’hôpital une belle Française volontaire à la Croix-Rouge. Un amour naît. Mais dans une société conservatrice, cette union entre un soldat « indigène » et une femme française n’est pas du goût de tout le monde…

Publié en 1927 à Saigon, La Belle d’Occident est présenté comme le premier roman écrit par une femme vietnamienne, Huỳnh Thị Bảo Hòa, figure majeure des féminismes vietnamiens de l’entre-deux-guerres. Son œuvre est traduite pour la première fois en langue occidentale.

14x21cm, 150 pages
ISBN : 9782367271040
Achevé d’imprimé décembre 2020
16 €

Chronique précédente : 555, roman de Hélène Gestern, éd. Arléa

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